L’existence de Dieu

Peut-on prouver l’existence de Dieu ? Quelles sont les principales objections à l’existence de Dieu ? Comment peut-on prouver l’existence de Dieu ? Quelles sont les cinq voies de saint Thomas ? Le frère Thomas Joseph White nous introduit à la question de l’existence de Dieu chez saint Thomas d’Aquin.

 

 

Prouver l’existence de Dieu

 

 

Pourquoi avons-nous besoin de prouver que Dieu existe ?

 

Saint Thomas pense, d’une part, que nous pouvons parvenir à savoir naturellement que Dieu existe, et qu’il est vraiment normal, naturel, vital, pour l’intellect de poser la question ; mais que, d’autre part, cela n’est pas évident et que c’est une question difficile ; il faut donc la traiter avec soin et respect.

Nous pouvons savoir que Dieu existe de deux manières :

  • Par la foi, grâce à la révélation divine
  • Par la raison

Saint Thomas pense qu’il est vraiment crucial pour la vie d’un chrétien intellectuel et croyant de voir la compatibilité entre foi et raison. Ce que nous savons d’une manière plus haute par la grâce – que Dieu est Trinité, qu’il s’est révélé – nous pouvons le savoir d’une autre manière imparfaite, mais d’une manière différente – qu’il y a une cause du monde, qu’il y a une espèce de réalité absolue mystérieuse derrière les choses contingentes créées de ce monde -. Il existe une harmonie entre ce que nous connaissons d’une manière par la grâce et ce que nous essayons de connaître d’une autre manière par la nature.

 

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Comment pouvons-nous prouver que Dieu existe ?

 

Thomas d’Aquin note à juste titre qu’il y a plusieurs voies qui ne montrent pas que Dieu existe, et d’autres voies qui montrent qu’il existe.

L’argument ontologique veut prouver que Dieu existe à travers l’idée même de Dieu. Si nous avons l’idée d’un être parfait, c’est que cet être existe nécessairement. Thomas d’Aquin conteste cet argument car il n’est pas causal : il ne part pas des réalités qui nous entourent, les effets, pour remonter à la cause qui est le Créateur. Partir de l’effet et remonter à la cause est un argument « a posteriori ». C’est la voie que prend saint Thomas. Les cinq voies de Thomas d’Aquin vont être des arguments de ce type. Elles ne partent pas de l’idée de Dieu pour aller à Dieu, mais elles partent du monde qui nous entoure pour aller à Dieu. Cette manière d’argumenter en faveur de l’existence de Dieu est la plus raisonnable, car elle part de notre expérience la plus évidente.

 

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Quelles sont les principales objections à l’existence de Dieu ?

 

Il y a deux objections célèbres à l’existence de Dieu :

  • Les causes naturelles de ce monde sont suffisantes pour expliquer la réalité.
  • Il y a trop de mal naturel et moral dans le monde pour qu’il y ait un Créateur bon et omnipotent, qui prenne soin du monde.

Ces deux objections soulèvent des questions philosophiques fondamentales qu’on ne peut résumer. On peut donner quand même quelques éléments de réponse.

Est-ce suffisant d’expliquer les choses par leurs causes physiques naturelles ? L’être humain pose des questions métaphysiques plus profondes sur la nature des choses. Comprenons-nous, par exemple, ce qu’est un être humain, quand nous comprenons seulement la structure chimique atomique de l’être humain ? Y a-t-il d’autres aspects, comme les motivations rationnelles ou les causes formelles de la nature, qu’il nous faut d’examiner pour comprendre ce qu’est une chose ? L’immanentisme purement naturel, où tout est juste expliqué par la science moderne ou la causalité naturelle, n’est probablement pas suffisant pour une recherche de la réalité, profonde, intellectuelle, honnête.

Beaucoup considèrent l’argument du mal comme l’argument le plus fort. Il n’est pas vraiment sujet à une courte réponse, mais on peut dire ceci : la chose fondamentale dont il faut se souvenir est que, dans la tradition d’Augustin et de saint Thomas, il est argumenté à juste titre que le mal est une privation du bien. Donc, à chaque fois que nous objectons, à partir du mal, qu’il n’y a pas d’ordre de bonté, nous sommes en fait des parasites métaphysiques, parce que nous sommes en train d’essayer de condamner la réalité d’une absence, de quelque chose que nous savons être là, et qui doit être là, dans une plénitude plus grande, ou que nous prétendons qu’il devrait être là dans une plénitude plus grande, qui est la bonté.

Le problème devient alors : si Dieu existe, pourquoi existe-t-il des biens finis qui peuvent faillir dans leur bonté ? C’est un sujet auquel on peut répondre en partie philosophiquement, en regardant comment l’être humain peut tendre à vivre une vie noble, vertueuse et même religieuse face au mal moral et naturel, et dans l’attente, peut-être, d’une vie immortelle de l’âme avec Dieu au-delà de ce monde. Mais, finalement, on peut décider de regarder dans les traditions religieuses et dans la révélation divine, et voir qu’il y a des évidences que Dieu s’est impliqué lui-même dans notre monde, de telle manière à répondre au problème du mal sur un terrain plus haut. C’est vraiment où le philosophe catholique, le philosophe chrétien, pointera vers le mystère du Christ, et le mystère de la grâce, et de la rédemption, et de la croix, et de la résurrection.

 

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Quels sont les principes bibliques et philosophiques employés par saint Thomas pour prouver que Dieu existe ?

 

Saint Thomas prouve que Dieu existe à la fois par l’Ecriture et par un raisonnement philosophique.

Du point de vue biblique, la première chose que saint Thomas note est que Dieu se révèle lui-même. Il s’est révélé au peuple d’Israël comme « Celui qui est », et par l’incarnation en devenant homme et il a révélé sa vie intérieure comme Trinité : Père, Fils et Saint-Esprit. Cette affirmation est profonde, mais elle ne rend pas pour autant la recherche philosophique superflue. Les Ecritures elles-mêmes ont aussi révélé que les êtres humains sont sensés connaître Dieu naturellement et philosophiquement.

Comment arrivons-nous à connaître Dieu philosophiquement ? Saint Thomas dit que la connaissance naturelle de Dieu trouve son origine plus primitivement dans notre expérience naturelle du monde, et particulièrement dans notre connaissance des principes philosophiques dans la réalité. Par exemple, saint Thomas pense que chaque être humain, ou chaque chose vivante, a un certain principe qu’il appelle l’âme. Quand on comprend les principes âme et corps, on commence à comprendre les choses vivantes plus profondément. En philosophie, on cherche les principes des choses et, de la connaissance de ces principes, on peut commencer à voir émerger la problématique de Dieu, organiquement, pour l’intellect humain. Saint Thomas argumente que les principes de la nature et les principes de la métaphysique de la structure de la réalité soulèvent, organiquement ou naturellement, la question de l’existence de Dieu.

Ces deux manières de connaître Dieu sont harmonieuses et peuvent coexister et, en fait, se complètent l’une et l’autre.

 

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Les cinq voies

 

 

La première voie

 

Il y a ce célèbre article de la Somme de théologie (ST I, q. 2, a. 3) où saint Thomas donne cinq arguments en faveur de l’existence de Dieu. On appelle cela les cinq voies.

Quand saint Thomas parle de la première voie, ce dont il parle réellement, c’est d’un argument qui vient du changement qui se passe dans les choses matérielles.

Il y a quatre types de changements :

  • Qualitatif (du chaud au froid ; d’une couleur à l’autre ; etc.)
  • Quantitatif (de petit à grand ; de léger à lourd ; etc.)
  • Position (d’un lieu à un autre)
  • Génération et corruption (les choses viennent à l’être et cessent d’être)

Toute chose est sujette à une sorte de changement physique, ontologique, à cause de l’activité d’une autre. Saint Thomas appelle cela « le changement de mouvement de la puissance à l’acte ». Et là nous pourrions penser, d’une certaine manière métaphorique, à une vaste toile, ou un réseau, dans lequel rien n’est autonome, toute chose est dépendante, et toute chose est changée, en actualité, par toutes les autres choses, à travers une série de causes.

Or, on ne peut pas avoir simplement une série actuelle de causes dépendantes dans laquelle toute chose est toujours dépendante d’autre chose mais rien n’est jamais premier. Saint Thomas ne dit pas que cet argument s’applique chronologiquement. On ne peut pas simplement se référer toujours à une autre chose physique qui est elle-même dépendante d’une autre chose qui est dépendante. On doit avoir quelque chose qui est transcendant de toute la série de causes interdépendantes ordonnées, qui est immatériel, non sujet à la dépendance et au changement matériels, non sujet à la croissance ou diminution quantitative, non sujet à la diminution ou au développement qualitatif, mais qui est purement actuel, ou en acte dans sa perfection. Donc, s’il y a un monde de réalités naturelles, physiques, dépendantes, intelligibles, ordonnées, qui s’actualisent les unes les autres, donnant l’être les unes aux autres, ce peut être simplement à cause d’un auteur du monde physique purement en acte, immatériel, indépendant, transcendant. Et c’est le Créateur, que nous appelons Dieu.

 

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La seconde voie

 

L’argument de la seconde voie est parfois appelé l’argument des causes efficientes.

La prémisse de base est : tout ce qui existe dans le monde autour de nous a une cause de son être ; il n’est pas lui-même la cause du fait qu’il existe, ou simplement existe nécessairement pour toujours, mais il a une origine dans un autre. Certaines personnes pensent que c’est le même que le premier argument, qui vient du changement matériel, mais en fait, il est différent car il a un champ bien plus étendu. Fondamentalement, ce qu’il dit est : nous vivons dans un monde dans lequel nous notons qu’il y a beaucoup de réalités différentes qui existent, qui sont distinctes ; aucune d’elles n’est la cause de sa propre existence, et pourtant elles partagent toutes une existence. Donc, comment comprenons-nous la dérivation de l’existence dans les choses qui nous entourent ?

Cela est lié à la doctrine de saint Thomas de l' »esse » (c’est le mot latin qu’il utilise pour l’existence active ou l’acte d’être). « Esse » est d’une certaine manière, pour saint Thomas, quelque chose qui sépare chaque être les uns des autres, mais aussi qui montre une espèce d’œcuménisme ontologique commun – ce que nous avons tous en commun. Nous ne dépendons pas seulement, dans notre existence, de nos parents. Si nos parents n’existent plus, nous continuons d’exister. Notre existence est en fait quelque chose de soutenu par l’activité de nombreuses autres choses (oxygène, chaleur, nourriture, etc.) et personne ne peut dire : « Mon existence est complètement autonome ; je n’ai besoin de personne d’autre pour exister ; je me suis donné l’être à moi-même ; je me maintiens moi-même dans l’être ; je serai toujours. »

Tout ce que nous voyons autour de nous est lui-même causé par d’autres êtres dans son être-même, et ne donne pas une explication suffisante pour sa propre subsistance dans l’être ou sa propre endurance dans l’être. Il doit donc y avoir, pour expliquer l’existence en chacun de nous, un appel aux autres causes de l’univers. Mais chacune d’elles doit, à son tour, être expliquée par une autre chose qui existe. Donc, de nouveau, nous parlons, comme dans la première voie, d’une série ordonnée actuelle de causes interdépendantes. Nous ne revenons pas en arrière dans le temps. C’est à propos de maintenant. Maintenant, tout ce qui existe dépend de quelque chose d’autre qui existe, ou de beaucoup d’autres choses qui existent. Cela peut-il être la somme entière de tout dans l’univers, ou n’avons-nous pas besoin de nous arrêter sur quelque chose qui existe, qui ne reçoit pas son être de tous les autres mais donne l’être à tous les autres ? C’est ce que nous appelons le mystère de Dieu ou le mystère de l’Auteur Absolu et Donateur de l’être. Il y a quelque être nécessaire que la Bible appelle Dieu. « Je suis Celui qui est, » est ce que Dieu dit à Moïse.

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La troisième voie

Le troisième argument est parfois appelé l’argument de la contingence.

Dans le monde qui nous entoure, nous voyons qu’il y a des choses qui sont contingentes, car elles peuvent être ou ne pas être. Toute chose qui peut être ou ne pas être, n’a pas de soi une nécessité, mais existe seulement car elle est d’une certaine manière causée par une autre. Saint Thomas introduit parfois un type d’argument chronologique ici qui dit : si vous avez une collection de réalités contingentes seules, qui composent l’univers entier, alors l’univers entier est lui-même contingent, car tout en lui est contingent, et donc il est possible, en principe, pour l’univers de ne pas exister. Cela ne fait pas trop de sens alors de postuler un univers de durée infinie, éternel, de choses purement contingentes. Vous devez postuler quelque chose d’immatériel, et de nécessaire, qui existe, qui donne lieu à des choses contingentes.

Vous n’avez pas à passer du contingent à l’aspect temporaire de cet argument pour le faire marcher. Vous pouvez seulement dire que tout ce qui peut être ou ne peut pas être dépend de quelque chose qui lui donne l’être, et vous ne pouvez pas juste avoir une série infinie de tels êtres contingents qui peuvent être ou ne pas être. Il doit y avoir quelque chose qui existe nécessairement, comme la condition de possibilité pour les choses qui existent par contingence. Donc la troisième voie argumente réellement qu’il doit y avoir des êtres nécessaires. Il ne peut pas y avoir juste des êtres contingents.

Il y a des êtres nécessaires qui sont immatériels, comme les âmes ou les anges. Ils dépendent cependant de quelque agent qui leur donne l’existence ou l’être, au-delà des fluctuations de l’existence. Et cet être a l’existence par nécessité dans le sens le plus fort possible, et donne à toute autre chose son existence.

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La quatrième voie

 

Le quatrième argument est l’argument des degrés de perfection.

Ce qu’argumente saint Thomas est qu’il y a certains types de perfections dans la réalité qui, d’eux-mêmes, n’ont pas besoin d’impliquer quelque type de limitation. Pensons à une perfection comme un degré de blancheur ou de noirceur, de rouge ou de violet. Ce sont des degrés de perfection dans l’ordre de la couleur. On peut dire que cela est une nuance plus parfaite de rouge et que cela est une nuance diminuée de rouge, mais on ne peut pas attribuer cela à toutes les choses ou penser une espèce de rougeur infinie. Il est absurde de parler de toutes choses étant rouges, ou de toutes choses étant blanches, ou de toutes choses étant musicales. Ce sont des perfections qui sont limitées par leur nature même. Mais alors, comparons cela avec des idées comme l’existence, ou l’être, ou l’unité, ou la vérité, ou la bonté, ou la beauté ; ce qu’on appelle les transcendantaux. Ce sont des traits, ou des caractéristiques de la réalité qui, d’une certaine manière, sont présents en toutes choses. Toutes les choses qui existent, dans la mesure où elles existent, ont un certain type d’être ; elles ont un certain type de bonté en elles, qu’il soit humble ou exalté ; elles ont une certaine unité en elles ; elles ont une certaine vérité, ou intelligibilité en elles, qui précède notre compréhension intellectuelle ; et elles ont une certaine beauté, une intégrité, une complétude, une splendeur, qu’elle soit modeste ou exaltée – il y a des degrés de beauté ou de bonté. Donc saint Thomas dit qu’il y a un spectre, ou une gamme de ces perfections dans les choses, qui sont présentes en toutes choses. Il y a donc une gamme de types de bonté et aussi de beauté, et d’être, émergente dans les choses.

Si toute chose dans l’univers a quelque participation dans ces modes de perfection, – être, bonté, beauté, vérité – comment se fait-il que nous partageons tous cet ordre intelligible, cette échelle de perfections, dont nous ne sommes pas la cause ? Il y a ici un passage de l’ordre intelligible de l’échelle de perfection, à l’argument causal en faveur de l’existence d’une cause exemplaire transcendante de la sagesse divine, qui est la source de l’échelle, d’une manière transcendante et distincte. Dieu, dans son esprit divin ou son être divin, sa bonté divine, est l’origine transcendante de l’échelle des perfections à laquelle nous participons, ou que nous partageons, selon cet ensemble de caractéristiques transcendantes de bonté, être, beauté. Dieu doit donc être lui-même une espèce d’être transcendant, de bonté transcendante, de beauté transcendante, d’unité transcendante, que nous ne connaissons pas, qui reste incompréhensible. Il ne fait pas partie de l’échelle. Il n’est pas comme le bord infini de l’échelle. Il est le créateur de l’échelle entière des perfections créées, mais il n’est pas lui-même inclus dans cette échelle de perfections. Il en est le créateur et la source incompréhensible et inconnue.

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La cinquième voie

Le cinquième argument est l’argument qui part de l’ordre intelligible du monde. D’une certaine manière, c’est l’argument de la causalité finale, ou de l’ordre déterminé qui émerge dans les choses.

Cela signifie, ou dénote, une intelligence transcendante. Si on regarde la réalité naturelle autour de nous, elle est pleine d’ordre. Et quand saint Thomas parle d’ordre, il veut dire quelque chose comme la forme naturelle, les natures formelles des choses et non pas les fins qui suggèrent une intentionnalité, mais quelque chose plus comme des tendances naturelles, ou des causes finales. Il y a différents types de natures essentielles ou de formes des choses. Elles ont, en vertu de ces formes, des tendances qu’elles montrent, qui leur reviennent, ou qui dérivent d’elles inévitablement. Une molécule d’eau aura une tendance inévitable à réagir de telle ou telle manière, chimiquement, en réaction à d’autres molécules de différents types ; un arbre va creuser des racines et faire sortir des fleurs ; les animaux vont avoir une activité sensible qu’ils poursuivent par l’apprentissage, par le toucher. Les êtres humains ont des objectifs plus élevés, comme la recherche du bonheur, à travers la recherche de la vérité, la recherche de l’amour et de l’excellence morale ; la vie ensemble dans une société politique, et l’amitié, et la religion. Il y a des natures et des tendances émergentes qui dérivent de ces natures. C’est dans la chose. Ce n’est pas juste imposé du dehors, pour saint Thomas.

Voici le second point : cela est intelligible, et suggère une intelligibilité qui n’est pas mise là par nous. Ce n’est pas vrai parce que je dis que c’est vrai, mais parce que c’est le cas. C’est dans la nature des choses. Vous et moi ne choisissons pas d’être le type d’êtres qui cherchent naturellement le bonheur. Ce n’est pas un choix. Les êtres humains sont naturellement inclinés à chercher le bonheur. Il y a cette structure profonde d’intelligibilité dans les choses elles-mêmes. Et saint Thomas dit : « Regarde, quand une flèche est dirigée vers une cible et qu’elle ne s’est pas lancée d’elle-même, cela signifie qu’il y a quelqu’un qui a lancé la flèche. » C’est une simple analogie pour dire que quand les choses tendent vers certaines directions qui sont intelligibles, cela suggère qu’il y a une intelligence qui les précède.

Si l’univers est toujours composé de choses qui ont cette causalité formelle et finale – cette intelligibilité – en elles, alors il doit y avoir une source transcendante de sagesse qui leur a donné leurs structures déterminées finies. Il y a donc un vaste réseau d’intelligibilité qui ne dérive d’aucune des choses intelligibles du réseau. Même nous, qui sommes intelligents, ne nous donnons pas les lois de notre propre intelligence, pour être des animaux cherchant la vérité, ou cherchant le bonheur. Donc, nous avons besoin d’avoir recours à quelque chose au-dessus, pour ainsi dire, de toutes les réalités « tendancielles », des réalités qui sont téléologiquement orientées, qui ne se donnent pas l’être. Et c’est Dieu, qui est de manière mystérieuse une intelligence transcendante qui donne l’être à toutes choses et qui les conçoit ou les crée comme orientées vers une fin, ou comme des créatures orientées par des tendances.

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Les conséquences

 

 

Pourquoi est-il crucial que la théologie puisse prouver l’existence de Dieu ?

 

Il y a des théologiens qui ont fait valoir qu’il est important que la théologie se sépare de l’aspiration des esprits humains à prouver l’existence de Dieu par des arguments philosophiques. L’argument de ces théologiens – Karl Barth est le représentant le plus célèbre – est que, si vous argumentez en faveur de l’existence de Dieu en utilisant la philosophie, vous risquez de construire le projet théologique (le projet de réflexion sur la Sainte Trinité et le Christ) sur une sorte de fondation de sable, car l’esprit humain est trop fragile.

Dans un certain sens, cela semble être une chose très sûre à dire, parce que nous dépendons ainsi de Dieu pour notre connaissance de Dieu (par la révélation), et non de la nature ou des aspirations de la nature humaine déchue. Le problème avec cela c’est que la grâce présuppose la nature, comme le dit Thomas d’Aquin, et ainsi la révélation présuppose également un lieu de réception potentiel dans la raison humaine. Ainsi, par exemple, supposons que l’esprit humain n’ait pas la capacité naturelle de penser à Dieu. Dans ce cas, la révélation de Dieu serait si extrinsèque pour l’esprit humain, étrangère ou violente, qu’elle perturberait notre façon humaine ordinaire de penser et constituerait un obstacle à la recherche de la vérité. Pour nous, coopérer avec la révélation, penser à la Sainte Trinité, ce serait en quelque sorte dénaturer l’esprit, parce que l’esprit ne serait pas du tout fait pour, ou ne tendrait pas à penser à Dieu.

Si à la lumière de la révélation, nous commençons à argumenter philosophiquement, est-ce simplement pour des fins apologétiques ? Est-ce simplement pour exprimer un aspect de notre nature ? C’est plus que ça, en fait. C’est aussi l’une des conditions fondamentales pour une véritable coopération dans tout le projet de la théologie chrétienne. La grâce interpelle la nature, et guérit, et élève la nature, de telle sorte que nous puissions naturellement réfléchir sur Dieu dans le cadre du projet théologique. Le philosophe a donc un rôle à jouer ou, on peut dire, le théologien « en tant que » philosophe a un rôle à jouer en essayant de penser au mystère de Dieu. La philosophie fait partie intégrante de la théologie. En même temps, c’est un rôle subalterne, de subordination. La philosophie que nous utilisons doit être correctement ordonnée à l’intérieur, et subordonnée aux vérités de la révélation. Mais cela ne signifie pas que ça dénature la philosophie. La philosophie est une science qui peut être mise intégralement au service de la théologie, laquelle est une science supérieure inclusive sans être destructrice.

 

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Comment la connaissance de l’existence de Dieu affecte-t-elle la connaissance d’autres choses ?

Thomas d’Aquin parle de vertus distinctes de l’intellect, ou excellences, qui qualifient la compréhension humaine. Il distingue ce que nous pourrions appeler la connaissance, qui en latin est ‘scientia’ – compréhension explicative et philosophique du monde – de ce qu’il appelle ‘sapientia’ ou sagesse. Si Dieu est en réalité l’auteur transcendant de notre être et la cause explicative ultime de toute réalité, alors la ‘sapientia’, ou sagesse, est possible. La sagesse est une sorte de connaissance sur la façon de comprendre tout ce qui est second à la lumière de la seule chose qui est première, pour obtenir une perspective ultime sur la réalité. Pour Thomas d’Aquin, on obtient une perspective ultime de la réalité lorsqu’on comprend ce qui se passe en premier. Thomas d’Aquin pense que les lois de la physique, les processus biologiques du corps, les processus spirituels de l’âme, et l’existence de toutes choses, ne sont finalement correctement compris que s’ils sont compris comme étant fondamentalement dérivés d’une cause première, de Dieu. C’est à ce moment-là qu’on arrive à la cause ultime.

La sagesse n’est pas seulement la science la plus spéculative ou théorique, parce qu’elle explique tout ce qui est second à la lumière de ce qui est premier, mais c’est aussi la plus pratique. Lorsqu’on comprend ce qui est premier, en réalité,on vit d’une certaine manière à la lumière de ce qui est le plus réel. La connaissance de Dieu, aussi pauvre, aussi maigre soit-elle, nous permet d’avoir un aperçu de la vie dans ses ultimes horizons : d’où nous venons et où nous pouvons aller, en ce qui concerne notre destinée. Il y a une tendance à avoir une orientation personnelle pratique qui affecte toute notre vie, à la lumière de ce qui est finalement le plus réel.

Thomas d’Aquin pense que la connaissance de Dieu dans l’ordre philosophique confère une sagesse philosophique, une perspective philosophique, et un raisonnement pratique, à la lumière de ce qui est le plus ultime. Donc, il y a une sorte de vocation de la philosophie, de la philosophie à être sagesse. Et il pense que cela est vrai, aussi bien pour les personnes religieuses que pour les chrétiens, pour ceux qui croient en la révélation divine. Ils doivent respecter cette orientation « sapientielle » de la philosophie qui permet aux êtres humains, d’une certaine manière, de se comprendre naturellement à la lumière de Dieu, et d’orienter leurs vies vers Dieu, même dans l’ordre rationnel.

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