Est-ce naturel ?

Dans la Somme de théologie, saint Thomas est amené plusieurs fois à préciser que, ce qui est naturel, c’est « ce qui arrive le plus souvent » (ut in pluribus).

C’est ainsi qu’il existe des choses qui ne sont pas naturelles. La santé, par exemple, est naturelle, et la maladie n’est pas naturelle. La maladie est biologique, certes, mais elle n’est pas naturelle pour autant. Le plus souvent, l’homme est en bonne santé, mais il lui arrive parfois d’être malade.

Dans les œuvres de la nature, c’est le bien qui se rencontre le plus souvent ; le défaut et le mal y sont plus rares.

Le bien proportionné à la condition commune de la nature se réalise le plus souvent, et ne fait défaut que rarement.

[ST I, q. 23, a. 7, arg. 3 et ad 3]

Ce qui est contre la nature ne se produit qu’accidentellement dans un petit nombre de cas. La nature, en effet, obtient son résultat soit toujours, soit le plus souvent.

[ST I, q. 63, a. 9, co.]

Nous voyons en effet les êtres naturels réaliser ce qui est le meilleur, soit toujours, soit dans la plupart des cas.

[ST I, q. 103, a. 1, co.]

… au moins le plus souvent, comme par nature…

[ST I-II, q. 51, a. 3, co.]

Ce qu’il y a de plus commun chez ceux qui ont une nature ne saurait être contraire à la nature.

[ST I-II, q. 71, a. 2, arg. 3]

Dans les choses naturelles on ne cherche pas ce qui se fait toujours, mais ce qui arrive le plus souvent, parce qu’il est dans la nature des choses corruptibles de pouvoir être empêchées, si bien qu’elles n’agissent pas toujours de la même manière.

[ST I-II, q. 84, a. 1, ad 3]

Ce qui est contre nature ne peut exister toujours ; car ce qui est conforme à la nature ne se trouve réalisé que le plus souvent et dans la plupart des cas seulement.

[ST III, q. 57, a. 4, arg. 4]

Pour savoir si une chose est naturelle, il suffit donc de se poser la question suivante : « Est-ce ce qui arrive le plus souvent ? »

 

Attention, toutefois. Tout ce qui n’est pas naturel n’est pas forcément contre nature. Il peut s’agir de choses que Dieu réalise en dehors de l’ordre de la nature : les miracles.

Quand quelque chose arrive dans les réalités naturelles en dehors de leur nature foncière, cela peut se produire d’une double manière. D’abord, par l’action exercée sur une chose par un agent qui ne lui a pas donné son inclination naturelle ; ainsi l’homme qui lance en l’air un corps lourd ; ce n’est pas lui qui a donné au corps sa lourdeur, et l’action de cet homme va à l’encontre de la nature du corps. En second lieu, par l’action d’un agent duquel dépend l’inclination naturelle. Dans ce cas, il n’y a pas action contre la nature de l’être sur lequel l’agent exerce son pouvoir. Ainsi le flux et le reflux de la mer ne vont pas à l’encontre de la nature de l’eau, bien qu’ils soient en dehors de son mouvement naturel qui l’entraîne vers le bas. Le flux et le reflux viennent en effet de l’influence d’un corps céleste qui tient sous sa dépendance l’inclination naturelle des corps inférieurs. – Et puisque l’ordre de la nature a été inscrit par Dieu dans les choses, quand Dieu agit en dehors de cet ordre, il ne va pas contre la nature.

[ST I, q. 105, a. 6, ad 1]

Le miracle est un événement qui suscite pleinement l’admiration parce que sa cause est entièrement cachée à tous. Et cette cause, c’est Dieu. Aussi les actions que Dieu fait en dehors des causes connues de nous sont-elles appelées des miracles.

[ST I, q. 105, a. 7, co.]

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