De l’unité de l’intellect

Existe-t-il un intellect unique dont nous participons tous ? Ou bien y a-t-il autant d’intellects que d’individus ? Telle est la polémique du De Unitate Intellectus à laquelle Héctor Delbosco nous introduit.

 

 

La polémique du De Unitate Intellectus

 

Cette question, qui se traduit « De l’unité de l’intellect », a son origine dans l’introduction des commentaires d’Averroès sur les textes d’Aristote. Averroès affirme que « l’intellect est une substance séparée et unique pour toute l’humanité ».

Voici ses arguments philosophiques :

  • « Un intellect qui reçoit les formes de manière universelle » (argument principal). Pour recevoir les formes de manière universelle, l’intellect doit être une réalité totalement immatérielle, séparée de toute matière. L’intellect ne peut pas être forme du corps humain. Pour la même raison, il doit être unique, puisqu’il ne se démultiplie pas en fonction des individus.
  • « De l’unité de l’objet scientifique ». En matière d’opinion, il n’est pas nécessaire d’avoir un consensus total. Dans les questions scientifiques, en revanche, il n’y a qu’une seule vérité. L’unité de l’objet scientifique exige l’unité de l’intellect.

Et voici ses arguments d’autorité (à partir d’Aristote) :

  • Dans le livre III du traité De Anima, Aristote dit que « L’intellect doit être quelque chose de séparé ».
  • Dans le De Generatione Animalium, Aristote dit que « Aussi bien l’âme végétative que l’âme sensitive sont produites par éduction à partir de la matière ». Mais l’âme intellective ne peut pas être produite par éduction, parce qu’elle est immatérielle. Par conséquent, Aristote dit : « Elle vient de l’extérieur ».

Une position de ce type a des conséquences anthropologiques très importantes. Au fond, cela signifie que les êtres humains n’ont pas d’âme spirituelle. Il en découle la négation de l’immortalité de la personne. On peut se demander aussi si, dans ce cas, on peut parler d’une volonté personnelle et donc d’une responsabilité morale personnelle.

 

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Quels arguments philosophiques saint Thomas utilise-t-il pour répondre à cette question ?

 

Saint Thomas affirme qu’on ne répond pas à cette question uniquement à partir de la foi, mais qu’il y a des arguments philosophiques suffisants pour y répondre :

  • Tout homme fait l’expérience de comprendre, de faire des actes de connaissance intellectuelle. Si chacun fait des actes de connaissance intellectuelle, chacun possède un intellect avec lequel il les fait.
  • Toute opération provient de la forme, car la forme est le principe des opérations. Si chacun possède l’opération de compréhension, le principe de cette opération se trouve en chacun, c’est-à-dire dans son âme. L’intellect est donc une puissance de l’âme humaine.
  • Toute espèce se définit à partir de sa forme. L’homme se définit comme « animal rationnel ». Par conséquent, la rationalité est une condition essentielle de l’homme. Si c’est une condition essentielle, elle a sa racine dans la forme de l’homme, c’est-à-dire dans son âme. L’intellect fait donc partie de l’âme humaine.
  • Si l’intellect humain était réellement une substance séparée, il aurait donc comme objet non pas les réalités matérielles, mais les formes séparées, comme c’est le propre des substances purement spirituelles. De plus, il n’aurait pas besoin d’images pour connaître.

 

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Comment saint Thomas répond-il à l’interprétation averroïste d’Aristote ?

 

Pour répondre à l’interprétation averroïste d’Aristote, saint Thomas a étudié les textes à fond. L’œuvre dans laquelle il développe cette réponse de la manière la plus détaillée est l’opuscule De Unitate Intellectus. Concernant les deux principaux textes auxquels se réfère Averroès, sa réponse est la suivante :

  • Dans le livre III du traité De Anima, quand Aristote dit que l’intellect est séparé, il dit que l’intellect est une faculté spirituelle (il n’a pas d’organe corporel).
  • A propos du De Generatione Animalium, saint Thomas confirme que l’intellect ne peut pas être produit par éduction de la matière. L’âme spirituelle est créée directement par Dieu. Aristote n’est pas arrivé à le dire aussi clairement, mais le « de l’extérieur » peut être interprété de cette manière.

Saint Thomas ajoute à cela une série de textes où Aristote parle de l’intellect en le présentant comme une partie de l’âme humaine.

 

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Pour aller plus loin…

 

A lire : Sermon de saint Thomas d’Aquin aux enfants et aux robots (Ce livre fait le parallèle entre l’idée d’un intellect séparé et l’idée d’une intelligence artificielle)

Pour voir plus de vidéos de Héctor Delbosco, cliquez ici.

Pour en savoir plus sur l’âme humaine chez saint Thomas, cliquez ici.

 

 

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