Miettes philosophiques

Selon François-Xavier Putallaz, saint Thomas d’Aquin laisse dans ses écrits de théologie quelques « miettes philosophiques ». Ces miettes philosophiques font apparaître toute la saveur de son anthropologie.

 

L’Espoir et l’alcool

 

Saint Thomas explique à la suite d’Aristote que, après avoir bu, les jeunes ont « bon espoir ». Ils sont portés par un enthousiasme qui fait que tous les obstacles semblent faciles à surmonter. Qu’est-ce que l’espoir ? L’espoir est une passion de l’âme. Pour qu’il y ait espoir, il faut d’une part que le bien désiré soit un peu difficile, et d’autre part qu’il soit possible.

Un verre d’alcool donne meilleur espoir, car l’alcool atténue les difficultés et nous fait majorer nos capacités. L’alcool donne l’impression d’espérer quelque chose. Il ne donne pas l’espoir, mais un semblant d’espoir. Quand on en abuse, l’alcool est mauvais, car il trouble la raison. L’ébriété empêche la raison de réguler correctement les passions de l’âme.

 

La parure des femmes

 

Selon saint Thomas d’Aquin, les femmes peuvent se maquiller pour cacher un défaut physique, ou pour plaire à leur mari. En revanche, le maquillage n’est pas une bonne chose s’il est utilisé pour séduire d’autres hommes ou pour la vanité.

 

 

 

Le rire et les jeux

 

Le rire est le propre de l’homme. Le propre est un prédicable, il est ce qui émane de l’essence sans être de l’essence. L’homme rit parce qu’il est unité d’âme et de corps : il ne rirait pas s’il n’était que spirituel ou que matériel.

L’homme exprime son rire dans les jeux. Saint Thomas d’Aquin défend le jeu, car il apporte du plaisir. Le plaisir est nécessaire pour contrecarrer la tristesse et la fatigue intellectuelle. Les jeux sont « re-créatifs ». Pour Thomas, le jeu est semblable à la contemplation. Celui qui joue ne fait rien d’autre que jouer, et il n’a pas d’autre but que jouer. Il y a dans le jeu une certaine gratuité, qui se trouve aussi dans la contemplation.

 

La moquerie et la zizanie

 

La moquerie est un péché qui consiste à faire mal à autrui par la parole. La moquerie peut être grave, car on ne rit pas avec quelqu’un, mais de quelqu’un. La moquerie consiste à voler la réputation de quelqu’un devant tout le monde. Une moquerie exagérée peut être un péché mortel. 

La zizanie consiste à diviser des amis. Or, l’amitié est un des biens les plus précieux que nous ayons. Semer la zizanie est donc une faute morale extrêmement grave.

 

 

 

Les bains et la tristesse

 

La tristesse est aussi une passion de la désirative. Comment atténuer la tristesse ? Saint Thomas d’Aquin donne des remèdes à la tristesse en s’appuyant sur saint Augustin : les larmes, les amis, le travail, les bains et le sommeil. Ces remèdes permettent de retrouver un certain équilibre du corps qui s’accompagne d’un équilibre de l’âme. Pour combattre la tristesse, il faut du plaisir. 

 

 

 

Ces miettes sont philosophiques dans la mesure où elles engagent une anthropologie. La philosophie est aussi un ensemble de petites choses qui rejoignent le quotidien de l’être humain, âme et corps. Il y a une certaine fraicheur à découvrir saint Thomas dans ces miettes philosophiques qui parsèment ses oeuvres.

 

 

Quelques références dans la Somme de théologie

 

Sur l’espoir et l’alcool : ST I-II, q. 40 ; ST II-II, q. 150

Sur la parure des femmes : ST II-II, q. 169

Sur les jeux : ST II-II, q. 168

Sur la moquerie : ST II-II, q. 75

Sur la zizanie : ST II-II, q. 74

Sur les bains et la tristesse : ST I-II, q. 38

 

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