Les anges

Qu’est-ce qu’un ange ? En quoi l’ange diffère-t-il de l’homme ? Que dire des démons, et des anges gardiens ? Le père Serge-Thomas Bonino nous introduit à la question des anges chez saint Thomas.

 

 

Pourquoi saint Thomas est-il appelé le « docteur angélique » ?

 

A partir du 16e siècle, saint Thomas a reçu le titre de « docteur angélique ». Il peut s’agir d’une comparaison entre la personne de saint Thomas et l’ange : saint Thomas était réputé pour sa pureté. L’ange est aussi une pure intelligence, un être de lumière, comme saint Thomas l’a été. Mais c’est aussi parce que saint Thomas a écrit de manière admirable sur les anges. Saint Thomas distingue trois grands types de créatures : les créatures matérielles (cosmos), les créatures spirituelles (les anges) et à la croisée des deux : l’homme. Saint Thomas pense l’homme à la lumière de l’ange.

L’existence des anges est évidente, mais saint Thomas propose une preuve à priori. La création ne serait pas complète sans les créatures spirituelles. La création doit faire retour à Dieu, et seule une créature spirituelle peut assumer la création pour la faire monter vers Dieu. Y a-t-il des preuves à posteriori, des effets qui ne s’expliquent que par l’existence des anges ? Oui, mais il est plus facile de voir l’oeuvre des démons que celle des bons anges.

 

 

 

Qu’est-ce qu’un ange ?

 

Pour le monothéisme, les anges sont placés du côté des créatures. Ils ne sont pas des êtres divins. Ils sont au service de Dieu, envoyés en mission par Dieu : « Angelos » signifie « envoyé ». Les anges font le lien entre le divin et le monde des hommes.

Quelle est la nature des anges ? Saint Thomas est le premier à avoir défini l’ange comme une créature purement immatérielle, purement spirituelle. Dire que l’ange est un pur esprit risquait de le mettre sur le même plan que Dieu. Si l’ange n’est pas composé de matière, comment préserver la transcendance de Dieu par rapport à l’ange ? Saint Thomas répond que si l’ange n’est pas composé de matière et de forme, il est néanmoins composé d’une essence et d’un acte d’être. Cette composition d’être et d’essence met l’ange du côté de la créature. En Dieu seul, il y a identité absolue de l’être et de l’essence.

 

 

 

Quelles différences notables y a-t-il entre les anges et les hommes ?

 

On peut en retenir trois :

  • L’ange est immatériel, il n’est pas une réalité localisée dans l’espace. Seuls les corps sont localisés. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de rapport entre l’ange et le lieu : un esprit est présent là où il agit. La capacité d’action étant limitée, l’ange n’est pas partout présent.
  • Chaque ange est à lui seul une espèce. Il faut comprendre la thèse aristotélicienne de l’individuation par la matière : quand la forme est la même, c’est la matière qui fait la différence. L’ange étant immatériel, chaque ange est un type angélique à lui tout seul. La différence entre deux anges est une différence entre deux types d’êtres et non entre deux spécimens du même type d’être.
  • L’ange étant immatériel, il est incorruptible. L’ange est immortel par nature, il est une espèce qui perdure.

 

 

 

En quoi les anges diffèrent des hommes dans leur manière de connaître ?

 

Comme pur esprit, l’activité principale de l’ange est la connaissance. Il y a deux différences avec l’homme :

  • La manière dont l’ange connaît le rapproche de Dieu. Dieu connaît toutes choses en se connaissant lui-même. En se connaissant lui-même comme la cause, il connaît toutes les réalités. L’ange se connaît lui-même, mais il n’est pas la source de tout. Il doit avoir en lui comme un dépôt d’idées innées reçues dès sa création. En se connaissant, Dieu produit les idées divines. Il communique ces idées soit en les incarnant dans la matière, soit en les transmettant à l’ange pour que celui-ci puisse connaître les réalités.
  • L’homme n’est pas toujours en train de penser. L’ange est toujours en acte de penser. Pour avoir une connaissance complète du réel, il passe d’une idée à l’autre.

 

 

 

Comment certains anges sont devenus des démons ?

 

Toute la réalité bonne dérive de Dieu. L’existence d’être malfaisants, comme sont les démons, ne peut pas s’expliquer par Dieu. Les démons n’ont pas été créés mauvais par Dieu, ils le sont donc devenus par un acte libre. C’est une idée fondamentale du christianisme, qu’on retrouve avec la question du péché originel : l’homme n’est pas dans l’état où il a été créé à l’origine. Il y a eu un acte libre, par lequel ce qui était un ange bon s’est rendu mauvais. Le péché de l’homme a de multiples explications (faiblesse de la chair, ignorance, etc.). Le péché de l’ange est le péché à l’état pur.

Comment une pure créature spirituelle, parfaite dans son ordre, intelligente, a pu se détourner de Dieu ? Le péché de l’ange se situe dans le moment où il a été appelé à la vie surnaturelle. L’ange était parfait dans son ordre, mais lorsqu’il a été appelé à entrer par la foi dans la vie divine, il s’est détourné de Dieu. Il s’agit d’un péché d’orgueil. Appelé à entrer dans la vie trinitaire, l’ange s’y est refusé par motif d’orgueil. Cela pour deux raison principales : il fallait recevoir ce don de la vie surnaturelle (c’est un don et non un dû), et la vie surnaturelle met toutes les créatures à égalité.

 

 

 

Dans quel sens et comment les anges sont-ils sauvés ?

 

Les anges ne sont pas sauvés au sens strict, car « salut » signifie « rachat à partir d’une situation de péché ». Les anges ne sont pas sauvés en ce sens là, car le péché de l’ange n’est pas rachetable. C’est le seul péché qui soit « impardonnable ». Non pas qu’un péché soit trop grand pour la miséricorde de Dieu. Si le péché de l’ange est irrémissible, c’est parce que l’ange s’obstine librement pour toujours dans son refus de Dieu. L’ange est un être qui est tout entier dans ce qu’il fait. Ce n’est pas le cas de l’homme qui a toujours la possibilité de se reprendre quand une partie l’emporte sur l’autre. Le caractère irrémissible ne vient pas du côté de Dieu, mais du côté de l’ange qui ne peut jamais se repentir.

Mais si par salut, on entend la participation à la vie de Dieu, l’ange est sauvé. Dieu propose à l’ange de vivre de la vie trinitaire. Si on entend par salut cette divinisation, alors le bon ange est sauvé.

 

 

 

Comment les anges communiquent-ils ? Pourquoi parle-t-on d’illumination ?

 

Communiquer, c’est mettre en commun. Comme dans toute société, il y a dans la société angélique cette mise en commun. Les anges échangent des idées, des connaissances. C’est un langage pur, qui n’est que communication. L’homme doit recourir à des signes : la voix, les mots, etc. Il y a une sorte d’ouverture spirituelle de l’ange qui se donne à connaître, une sorte de générosité. Cette communication entre les anges prend le nom d’illumination.

L’illumination, c’est la communication d’une connaissance qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu. Cette connaissance rapproche le bénéficiaire de Dieu. Les anges se communiquent ce qu’ils savent du mystère de Dieu. Ils le communiquent de manière hiérarchique. Ceux qui sont les plus proches de Dieu puisent à la source, la lumière, et la distribuent. Cette illumination se fait d’ange à ange et finalement d’ange à homme. Il y a une sorte de coulée de lumière qui part de Dieu, qui passe par tous les échelons angéliques, et qui rejoint l’homme. L’illumination est un acte de sanctification : plus on connaît Dieu, plus on est uni à lui.

 

 

 

Qui sont les anges gardiens et à quoi servent-ils ?

 

Dieu reçoit plus de gloire à faire participer les créatures à l’oeuvre de la providence que s’il se réservait à lui seul toute l’activité. Dieu communique aux créatures la « dignité d’être cause » (dignitas causalitatis), la dignité de transmettre l’être. Les anges participent à l’oeuvre du gouvernement divin : ils ont un rôle à jouer, comme les hommes ont un rôle à jouer. Dieu s’associe les créatures. Il est toujours celui qui agit pour conduire la création vers sa fin, mais dans cette oeuvre il s’associe les créatures. L’ange participe au gouvernement des hommes tel que Dieu l’exerce.

C’est là que s’introduit le thème de l’ange gardien. A chaque personne humaine, Dieu assigne un ange pour le conduire jusqu’à la béatitude. Un ange gardien est attaché à chaque personne : c’est une manière de mettre en relief la dignité de chaque personne, le soin particulier que la providence a de chaque personne. Un ange gardien est donné à chaque personne indépendamment de sa situation dans l’ordre surnaturel (baptisé, non baptisé, etc.). L’ange gardien n’est pas assigné au moment du baptême, mais au moment de la conception.

 

 

 

Comment les démons peuvent-ils agir sur nous ?

 

Les démons déploient une activité néfaste pour détourner les hommes de Dieu. Lorsque saint Thomas envisage les attaques du démon, il souligne surtout les limites de cette action. Il y a deux limites :

  • C’est une action qui est sous le contrôle de Dieu. Le démon ne peut pas plus que ce que Dieu permet.
  • Le démon ne peut agir que de manière périphérique. Notre être spirituel profond est un sanctuaire inaccessible à l’action de quelque créature que ce soit. Seul Dieu peut agir dans ma volonté, seul Dieu peut incliner mon coeur à vouloir et choisir tel bien. Les démons peuvent agir sur mon psychisme empirique, ils peuvent suggérer de mauvaises pensées, comme les bons anges peuvent suggérer de bonnes pensées. Les démons peuvent faire voir un acte mauvais sous un bon jour : c’est le mécanisme de la tentation. Les démons peuvent aussi agir sur les structures culturelles (les structures de péché). Ce sont des conditions culturelles qui naissent du péché des hommes et qui provoquent la multiplication du péché : erreurs culturelles, erreurs philosophiques, etc.

 

 

Pour aller plus loin…

 

A lire : Les anges et les démons : Quatorze leçons de théologie catholique, du père Serge-Thomas Bonino.

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