Le Salut apporté par le Christ

Comment le Christ nous sauve-t-il ? Comment le mérite du Christ intervient dans notre Salut ? Le frère John Emery nous introduit à la question du Salut par le Christ chez saint Thomas d’Aquin.

 

 

Le rôle du mérite du Christ dans le nôtre

 

Le Christ mérite comme nous, en tant qu’il est un être humain. Il ne mérite pas comme Dieu. En tant qu’être humain, il y a quelque chose qu’il ne possède pas : il ne possède pas, ni dans sa chair ni dans son âme, la redondance de la béatitude qui se trouve dans son esprit. Il est libre. Il reçoit la charité et la grâce, il les reçoit en plénitude.

Comme nous, le Christ est préordonné à mériter. Mais il reçoit une double préordination : une relative à lui-même, et une autre pour les autres. Le Christ a été préordonné, élu, disposé, placé là par Dieu pour que son action influe sur ses membres. Comme tête, sa grâce n’est pas seulement celle d’un homme individuel, d’un homme particulier, mais elle est aussi une grâce capitale, la grâce de la tête. Par conséquent, ses mérites sont aussi les mérites de la tête. A la différence de nous, lorsque le Christ mérite, il mérite « de condigno ». Il possède un mérite d’égalité non seulement pour lui-même, mais aussi pour nous.

Cela implique que tout ce que nous méritons a déjà été mérité par un homme. Non seulement Dieu a déjà préordonné notre action à ce don, mais ce don a déjà été mérité par un homme pour nous. Lorsque je me mets à collaborer avec Dieu, à aimer avec lui et donc à mériter, je suis en train de mériter quelque chose qui a déjà été mérité. En ce sens, mes mérites participent des mérites du Christ. Je suis en train de réaliser en moi les mérites du Christ. Je ne suis pas en train d’ajouter de nouveaux mérites comme par addition, mais je m’unis ou j’actualise en moi les mérites du Christ. Mon action méritoire n’est pas une action que je fais seul : l’humanité du Christ y est impliquée. Je peux mériter pour une autre personne et une autre personne peut mériter pour moi, mais là il s’agit seulement du mérite de proportion : le mérite « de congruo ».

 

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Vue générale de la sotériologie de saint Thomas d’Aquin

 

Saint Thomas explique que le Christ nous sauve de nombreuses manières. Cela montre qu’il nous fait participer à notre propre rédemption. S’il nous sauvait d’une seule manière, nous serions impliqués dans une moindre mesure.

Lorsqu’il parle de la Passion du Christ, saint Thomas développe ces différentes manières, dont beaucoup se retrouvent aussi dans les autres mystères de la vie du Christ, en particulier après sa mort dans la résurrection. Tous les mystères du Christ nous sauvent et ils le font de diverses manières.

  • La Passion nous sauve comme une cause exemplaire, c’est-à-dire que ce qui se passe dans le Christ se passe aussi en nous et se passera aussi en nous. Cela correspond à tous les mystères de la vie du Christ. Ce qui se passe dans la Passion nous révèle Dieu et nous révèle l’œuvre de Dieu en nous. Cela, nous le voyons dans le Christ.
  • La Passion nous sauve d’une manière instrumentale efficiente, c’est-à-dire que l’humanité du Christ est un instrument de sa divinité. Cela, nous le voyons aussi dans tous les mystères de la vie du Christ.
  • La Passion a une manière de nous sauver qui n’existe plus après la mort du Christ : les mérites du Christ. Il nous sauve de manière méritoire à travers ses actes humains, qui atteignent pour nous le salut éternel. Et cela, dans tous les mystères de la vie du Christ jusqu’à sa mort ; ils méritent aussi pour nous.
  • Ce qui est unique dans le cas de la Passion, c’est la manière dont la souffrance et la mort du Christ sont intégrées à notre salut. Par conséquent, les mérites du Christ à la croix sont aussi satisfactoires, c’est-à-dire qu’ils satisfont pour la peine due à notre péché, ils nous rachètent de la faute du péché, ils nous sauvent, ils nous rachètent de la faute du péché en nous libérant de cette faute, et ils nous réconcilient avec Dieu puisque à la croix est réalisé le sacrifice. Le sacrifice qui nous unit à Dieu produit l’amitié avec Dieu là où elle n’existait pas.

 

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Comment le Christ nous sauve-t-il ? Partie I

 

Pour saint Thomas, le Christ nous sauve de différentes manières.

La cause exemplaire. Ce qui se produit dans le Christ, dans son humanité, est un exemplaire auquel nous participons lorsque nous sommes nous-mêmes sauvés. Par exemple, la résurrection que nous voyons dans le Christ va aussi avoir un effet en nous, dans la mesure où nous participons à cette résurrection du Christ. Nous allons ressusciter comme lui. Cela influence non seulement notre résurrection corporelle, mais aussi, en cette vie, la résurrection de notre âme, en passant du péché à la vie de Dieu. Cette exemplarité nous parle en premier lieu de l’agir de Dieu avant de nous parler de notre propre agir : comment Dieu agit en nous. Elle nous parle d’un agir de Dieu dans lequel nous sommes aussi engagés. Il est bon de connaître cette exemplarité, pour que Dieu agisse en nous de manière plus plénière, avec notre collaboration, notre « oui » à cette œuvre de Dieu. Il y a une connexion entre l’exemplaire et ceux qui participent. On peut considérer aussi cette exemplarité comme un exemple. Il y a beaucoup de choses que le Christ fait, qui sont des exemples pour nous : sa manière de vivre, sa manière de traiter les autres, sa manière de mourir et son témoignage rendu à la vérité. Ces exemples aussi nous sauvent. Nous les connaissons dans le Christ, et cette connaissance nous transforme peu à peu dans nos propres œuvres et même avant d’agir.

La révélation. Le Christ est venu pour rendre témoignage à la vérité. Il est venu pour être la lumière, pour donner une lumière et ceux qui sont de la vérité, ceux qui sont de la lumière, la reçoivent. Ils la reçoivent non seulement en connaissant cette révélation et en essayant de la comprendre, mais aussi en la mettant en pratique, en la réalisant, en accueillant la Parole de Dieu et en la mettant en pratique. Lorsque nous recevons la révélation, le Christ agit en nous, sa divinité et son humanité agissent en nous. Il nous illumine non seulement par la Parole qui nous vient du dehors, mais aussi intérieurement. Pour que nous accueillions la vérité qu’il nous révèle, nous avons besoin de son action intérieure en nous. En accueillant cette vérité, nous nous unissons aussi à lui, parce qu’il est le Verbe, la Parole. Nous devenons plus semblables et unis à lui de manière libre et coopérante. Cette connaissance va avoir une influence sur notre amour.

L’instrumentalité de l’humanité du Christ. L’humanité du Christ est un instrument de sa divinité. C’est un instrument spécial, parce que c’est un instrument libre, un instrument qui coopère, un instrument animé. C’est aussi un instrument spécial dans la mesure où c’est le premier des instruments, parce que c’est l’instrument « uni ». C’est un instrument qui est uni à la divinité. Tous les autres instruments sont unis à travers l’instrument uni. Pour comparaison, la main est par exemple un instrument « uni », alors que la hache est un instrument « séparé ». La hache fonctionne si la main la meut. Comme il est l’instrument uni, les autres instruments participent de ce qui se trouve dans le Christ. Il est la source de cette instrumentalité.

La révélation et l’instrumentalité vont de pair, parce que ce que le Christ nous montre, il le réalise à travers son humanité. L’humanité du Christ est insérée au milieu de l’œuvre de Dieu en nous. A partir de l’incarnation, toute action surnaturelle de Dieu dans les êtres humains se réalise à travers l’humanité du Christ.

 

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Comment le Christ nous sauve-t-il ? Partie II

 

Nous voyons maintenant les autres modes par lesquels le Christ nous sauve. Ces modes ne s’appliquent que pendant sa vie et certains seulement à sa passion et à sa mort.

Le premier et le principal est la causalité méritoire du Christ. A ce sujet, nous devons connaître la doctrine du mérite de saint Thomas. Pour mériter, il ne faut pas posséder ce que l’on mérite et il faut que Dieu ait d’avance disposé de nous le donner. Avec le mérite, nous réalisons le dessein de Dieu en deux étapes : il y a ce que Dieu veut nous donner et il y a ce que Dieu veut nous donner en nous donnant la capacité de collaborer. Le deuxième élément du mérite est le principal. Enfin, pour mériter, nous devons être libres et avoir la charité qui nous permet de coopérer avec l’impulsion divine.

Dans le Christ, il y a une particularité : le Christ possédait déjà l’essentiel de ce que nous méritons : c’est la vision de l’essence divine. Par un dessein spécial de Dieu, le Christ n’a pas reçu les effets de cette vision de l’essence divine dans toute son humanité, c’est-à-dire qu’elle était confinée dans la partie supérieure de son âme (La « mens », la mente, l’esprit, l’intelligence et la volonté). Elle n’est pas arrivée au reste de son âme – cette partie de l’âme qui est en relation avec le corps – ni à son corps. Par conséquent, il pouvait souffrir et ne ressentait aucun plaisir sensible de cette vision de l’essence divine. Pour que le Christ puisse mériter, il n’a pas la redondance de cette béatitude dans le reste de son humanité. Tout acte du Christ est fait avec charité et est donc méritoire. Avec ses actes, il mérite ce que Dieu veut lui donner. Comme nous l’avons vu avec la grâce capitale, cette plénitude qui est dans le Christ n’est pas seulement pour lui mais il la vit comme tête. Le dessein de Dieu n’est pas qu’il mérite uniquement pour lui-même, mais mérite également pour ses membres. Quand il fait un acte de charité, alors il mérite pour nous tous. La plénitude des mérites se trouve dans le Christ. Tous les autres vont participer aux mérites du Christ. Ils méritent en communion avec ce que le Christ a déjà mérité pour eux ; ils vont réaliser en eux-mêmes ce que le Christ a mérité pour eux.

Les causalités qui dépendent du mérite et qui sont exclusives de la passion sont :

La satisfaction, qui est le mérite avec la souffrance, qui se développe par l’amour. La souffrance, offerte avec amour, nous sauve de la peine due à notre péché. Nous pouvons coopérer à cette satisfaction quand nous offrons ce que nous devons souffrir en nous unissant aux mérites et à la satisfaction du Christ. Nos actes de souffrance satisfont également, non pas avec une satisfaction différente de celle du Christ : c’est la satisfaction du Christ à laquelle nous collaborons.

La rédemption, qui nous sauve de la culpabilité, comme la réconciliation opérée par le sacrifice, cette amitié renouée, parlent aussi d’un mérite qui surmonte les obstacles qui s’opposent à l’amitié avec Dieu.

 

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