Le mal

Le mal existe-t-il ? A-t-il une consistance propre ? Quelles sont les formes du mal et ses causes ? Dieu peut-il être cause du mal et du péché ?

C’est à ces questions que le professeur François-Xavier Putallaz tente de répondre, en nous exposant la pensée de saint Thomas d’Aquin. Ces vidéos donnent un aperçu de la recherche qu’il a effectuée dans son ouvrage « Le Mal » publié aux éditions du Cerf

 

 

Qu’est-ce que le mal ?

 

Il n’y a pas de définition du mal. Le mal n’a pas de consistance propre, il n’est pas quelque chose : il est l’absence d’un bien. Plus particulièrement, il est la privation d’un bien qui normalement devrait être là. Le mal existe, mais il n’existe pas comme une chose, il existe comme une privation. Nous ne le comprenons pas, car il est un déficit d’intelligibilité. Le mal est dans les choses, mais le mal n’est pas une chose.

 

 

 

Les formes du mal

 

Pour que le mal puisse exister, il doit y avoir un substrat. Un mal absolu ne peut donc pas exister. Le mal est toujours lié au bien, mais le bien n’est pas toujours lié au mal. Le mal est la privation d’un bien, et la gravité du mal se prend de la grandeur du bien. Il y a le mal de la nature (la maladie par exemple), le mal moral, le mal par rapport à la grâce (le péché), le mal physique, le mal que je subis et la souffrance ou la douleur éprouvée, le mal dans la rupture des relations, etc. Il y a une multiplicité de formes du mal. Distinguer les formes du mal permet de donner une certaine réponse à la présence du mal. Il peut arriver qu’une forme du mal soit l’occasion d’un plus grand bien dans un autre domaine. 

 

 

 

Les causes du mal

 

Pourquoi le mal ? Thomas d’Aquin suit les quatre causes d’Aristote : la cause matérielle, la cause formelle, la cause efficiente et la cause finale. Comme le mal est une privation, il n’a pas de cause formelle. Puisqu’il n’a pas de cause formelle, il n’a pas de cause finale. Le mal n’a pas de but. Cela n’empêche pas de trouver un sens à la venue du mal. Le mal n’a pas non plus de cause efficiente. Il y a une déficience dans la cause. En revanche, il y a un sujet du mal : c’est le bien. Le mal va toujours s’introduire dans le monde sous couvert de bien. On ne subit pas le mal à cause d’un mal qu’on a fait. Tous les maux n’ont pas d’explication, tout le monde n’est pas coupable. De même, on ne commet pas le mal toujours à cause d’un mal subi précédemment. Le mal commis n’est pas identique au mal subi. 

 

 

 

Dieu et la cause du péché (mal moral)

 

Dieu n’est pas cause du mal, puisque le mal n’est pas quelque chose, il n’est pas de l’être. Dieu ne veut pas non plus le mal. Dieu n’est pas cause du péché, mais il est cependant cause de l’acte du péché. Dieu est cause du bien, mais la déviance vient d’ailleurs. Un acte bon est causé totalement par Dieu (cause première) et totalement par la liberté humaine (cause seconde). Un acte mauvais, comme acte, est causé par Dieu, mais la déviation vient exclusivement de la cause seconde. L’homme est séduit par le mal car, dans cet acte, il est cause première et exclusive de la déviance. Dans le mal, l’homme est propulsé au niveau de cause première. Il se prend pour Dieu. C’est une illusion : l’homme dans ce cas ne produit rien, il crée du non-être.

 

 

 

Qu’est-ce que saint Thomas n’a pas dit sur le mal ?

 

Thomas d’Aquin insiste sur l’objectivité du mal : le mal est une privation d’un bien dû. Le XXe siècle insiste sur un autre aspect : la subjectivité, la connaissance du mal. La connaissance sur le mal n’est pas du mal. Le XXe siècle a mis l’accent sur la résonance du mal, la réaction affective (douleur, souffrance, tristesse, deuil, etc.) : c’est le malheur. Thomas d’Aquin a peu insisté sur la résonance subjective. Cette résonance est un bien, car elle permet de signaler la présence d’un mal. C’est un « système d’alarme » qui produit en même temps du mal. La douleur signale un dysfonctionnement et produit en même temps de la souffrance, de la tristesse. 

 

 

 

Quelques références dans la Somme de théologie

 

A propos du mal : ST I, qq. 48-49 (Voir plus de contenu sur ce sujet)

A propos du péché : ST I-II, q. 71-89 (Voir plus de contenu sur ce sujet)

 

 

François-Xavier Putallaz

 

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