La Trinité et les missions divines

Pouvons-nous comprendre, ne serait-ce qu’un peu, la Trinité ? Si oui, comment ? Comment la Trinité agit-elle dans le monde ? Le frère Dominic Legge nous introduit à ces questions.

Pouvons-nous comprendre (au moins un peu) la Trinité ?

Quelle est la meilleure manière de comprendre que Dieu est un et trine ?

Comment Dieu est-il présent dans le monde ? Dans l’âme ?

Comment une personne divine peut-elle être « envoyée » dans le monde ?

Comment le Père « envoie »-t-il le Fils dans le monde pour qu’il devienne homme ?

Jésus a-t-il « besoin » du Saint-Esprit ?

Le Saint-Esprit agit-il séparément du Christ ?

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Résumé

Pouvons-nous comprendre (au moins un peu) la Trinité ?

Le mystère de la Trinité est un des mystères centraux de la foi chrétienne, c’est d’une certaine manière l’une des choses les plus importantes que Dieu nous révèle. Il a envoyé le Fils dans le monde pour révéler qu’il est Père, Fils et Saint-Esprit. Le Père envoie le Fils, qui nous révèle qui il est, et il nous envoie le Saint-Esprit pour nous conformer au Fils, afin que nous puissions retourner vers lui. C’est le cœur de la foi chrétienne. C’est Jésus qui nous révèle la Trinité. Il révèle que Dieu est Père, Fils et Saint-Esprit – trois personnes – dans le contexte d’une tradition très puissante, remontant aux origines de l’Ancien Testament, à ce que nous pourrions appeler le monothéisme judaïque. Le judaïsme croit que Dieu est un. Jésus vient témoigner qu’à l’intérieur de cette vérité – que Dieu est un – nous pouvons aussi reconnaître Dieu comme Père, Fils et Saint-Esprit.

Quelle est la meilleure manière de comprendre que Dieu est un et trine ?

Il y a un Dieu, une nature divine, une essence divine, trois personnes en Dieu qui sont Dieu ; donc le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, mais le Père n’est pas le Fils et le Fils n’est pas le Saint-Esprit. Il y a une distinction dans l’unique essence divine : la distinction entre les personnes.

Les noms Père et Fils sont corrélatifs ; ils parlent d’une relation. Pour saint Thomas, la personne divine est une relation, une relation subsistante, une relation dans l’essence divine : une essence divine et des relations d’origine. Un père n’est pas père avant que son fils soit un fils : il est devenu père au moment où son fils est devenu fils. Ils sont corrélatifs : il n’y a pas de paternité sans enfant, et il n’y a pas d’enfant sans père. En Dieu, quand nous utilisons ces noms, nous parlons d’une relation réciproque éternelle, c’est aussi vrai du Saint-Esprit, bien que le nom est un peu moins évident.

La manière la plus facile de comprendre cette vérité est d’utiliser ce que saint Thomas considérait comme étant la meilleure analogie : l’analogie de l’esprit humain. C’est l’analogie de la manière dont notre esprit conçoit un verbe et l’aime, pour comprendre comment Dieu dit son Verbe et spire le Saint-Esprit comme Amour. Si nous nous imaginons nous-mêmes, nous pouvons concevoir une idée de nous-mêmes dans nos esprits, et si nos intellects étaient assez parfaits, si nous nous comprenions assez parfaitement, l’image dans nos esprits correspondrait précisément à ce que nous sommes réellement. Mais, en fait, ce n’est pas le cas avec nous, nous restons d’une certaine manière opaques à nous-mêmes : nous ne nous comprenons pas parfaitement. Mais Dieu, qui est un intellect parfait, peut se concevoir lui-même et exprimer ce qu’il est en une pensée, un Verbe. Et ce Verbe, comme il est parfait et vient d’un intellect parfait, exprime absolument tout ce que Dieu est. En fait, il est identique à Dieu, ce Verbe. La seule distinction entre ce Verbe et Dieu qui profère le Verbe est le fait que l’un profère ou conçoit : engendre le Verbe ; et l’autre est engendré. Le Père aime son Verbe d’une manière qui spire en quelque sorte l’Amour : la personne du Saint-Esprit est l’amour mutuel du Père et du Fils.

Comment Dieu est-il présent dans le monde ? Dans l’âme ?

Saint Thomas parle de la présence de Dieu dans le monde dans la Prima Pars de la Somme de théologie, dans la question 8, article 3. Il y affirme que Dieu est présent dans le monde de trois manières : par son essence, sa présence et sa puissance.

  • Essence. L’essence de Dieu, c’est d’être, d’exister : Dieu est l’être, il est. Toutes les autres choses n’existent que relativement à Dieu. Dieu est présent dans le monde comme ce qui cause l’être de toute chose. Toute chose dépend à tout instant de Dieu qui la maintient dans l’être. Toute chose, tout être, dépend de Dieu.
  • Présence. Dieu est présent aux choses en ayant son regard sur toute chose. Tout est à nu devant le regard de Dieu. Ce regard n’est pas dur, sévère, ce n’est pas le regard d’un juge qui observe pour voir ce qui n’est pas bien fait ; c’est le regard du Père aimant. Dieu est parfaitement bon. Il a créé toutes choses pour qu’elles participent à sa bonté. Il les regarde et se réjouit en elles, comme étant bonnes.
  • Puissance. Dieu a une sorte de maîtrise sur toutes les choses qui existent. Dieu peut faire tout ce qu’il veut, à tout moment, dans la création. Il est présent partout par sa puissance pour agir sur le monde, ce qui signifie qu’on peut toujours se tourner vers Dieu pour lui demander de l’aide.

Il y a une manière particulière dont Dieu est présent dans la créature rationnelle, dans l’âme humaine. Dans le même article, Thomas d’Aquin dit que Dieu est présent d’une manière particulière quand nous connaissons et aimons Dieu. Lorsque nous connaissons Dieu, nous partageons la connaissance que Dieu a de lui-même. Nous devenons ainsi plus semblables à Dieu. Lorsque nous aimons Dieu, nous en venons à aimer Dieu un peu comme Dieu s’aime lui-même. Nous sommes assimilés à Dieu dans cette connaissance et cet amour. Dieu est alors présent en nous de la manière la plus parfaite. C’est là notre béatitude ultime. La vie du Ciel, c’est de voir Dieu parfaitement et de le connaître de manière absolument parfaite avec une sorte d’amour parfait et infini, dans la mesure où une créature humaine en est capable.

Comment une personne divine peut-elle être « envoyée » dans le monde ?

Quand nous lisons les Evangiles, il est évident que Jésus a été envoyé. Il est envoyé dans le monde par le Père, il le dit explicitement. Et il dit qu’il enverra le Saint-Esprit. Il est donc très clair à partir des Evangiles qu’il y a le Fils qui est envoyé, et aussi le Saint-Esprit. Ce sont des personnes divines qui sont envoyées dans le monde.

Lorsque Thomas d’Aquin aborde cela dans la Prima Pars de la Somme de théologie, à la question 43, il commence par réfléchir sur ce que signifie être envoyé. Pour être envoyé, vous devez partir de quelque part et arriver quelque part. Il faut aussi être envoyé par quelqu’un. Etre envoyé signifie que quelqu’un vous envoie et que vous allez à un nouvel endroit. Saint Thomas purifie ces idées humaines pour essayer de comprendre ce que cela signifie pour une personne divine d’être envoyée. Une personne divine peut être envoyée si elle vient d’une autre, si elle tient son origine d’une autre. Lorsque nous parlons de la Trinité, nous disons que les personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit se distinguent entre elles par leurs relations d’origine. Le Fils vient du Père et le Saint-Esprit vient du Père et du Fils. Ce sont les processions éternelles en Dieu. Ensuite, ces personnes qui viennent d’une autre peuvent être envoyées dans le monde. Le Père ne vient de personne. Il est la source. Il ne peut donc pas être envoyé. Pour qu’une personne soit envoyée, il faut qu’elle ait une origine. Il faut aussi qu’il y ait quelque chose de nouveau : la personne doit venir d’une nouvelle manière, à un nouvel endroit, en quelque sorte.

Mais Dieu est présent partout. Même avant l’incarnation, le Fils était déjà présent dans le monde avec le Père et le Saint-Esprit. Lorsqu’il est envoyé dans le monde, il ne vient pas là où il n’était pas, mais il vient dans le monde d’une manière nouvelle. Et cette nouvelle manière, c’est en tant qu’homme. Ainsi, le Fils peut être envoyé pour devenir homme, en assumant une nature humaine, et le Saint-Esprit peut être envoyé lorsqu’il a un effet nouveau dans le monde : le don de la charité dans les âmes des croyants. Le Saint-Esprit est envoyé dans nos cœurs par le Père et le Fils.

Comment le Père « envoie »-t-il le Fils dans le monde pour qu’il devienne homme ?

Un des grands aspects du Christ que Thomas d’Aquin a saisi est de concevoir l’incarnation comme une des missions divines ; de la voir comme la manière dont Dieu vient dans le monde afin de faire revenir le monde vers lui. Dans l’incarnation, le Père envoie le Fils, qui procède éternellement du Père : il envoie le Fils pour qu’il devienne homme. Cela signifie que, en devenant homme, le Fils éternel ne perd rien de ce qu’il avait auparavant, de ce qu’il possède éternellement : il demeure le Fils éternel et tout-puissant de Dieu. En devenant homme, il prend sur lui, il assume dans l’unité d’être de sa personne, une nature humaine complète. Cet homme, Jésus, est le Fils éternel dans son être même.

C’est une chose différente de la manière dont le Fils et le Saint-Esprit sont, par exemple, envoyés dans nos coeurs de manière invisible par la grâce divine. Là, nous recevons des dons surnaturels, comme le don de la foi ou le don de la charité, qui nous rendent semblables au Fils ou au Saint-Esprit.

Jésus a-t-il « besoin » du Saint-Esprit ?

Lorsque nous mettons l’accent sur le fait que Jésus est Dieu, nous pouvons commencer à perdre de vue ce que les Evangiles nous disent sur la manière dont Jésus a été oint par le Saint-Esprit, la manière dont il a été conduit par l’Esprit au désert, la manière dont il était rempli par le Saint-Esprit lorsqu’il parlait.

Que signifie le fait que Jésus reçoive le Saint-Esprit et quelle importance cela a-t-il ? Lorsque Thomas d’Aquin aborde cette question dans la Tertia Pars de la Somme de théologie, à la question 7, il pose comme objection ce que les gens pensent parfois : Jésus est le Fils de Dieu en personne donc, comme Dieu, il n’a pas besoin du don du Saint-Esprit dans son humanité. Thomas répond que, bien sûr, comme Dieu, Jésus n’a pas besoin du Saint-Esprit. Comme Dieu, Jésus ne reçoit pas le Saint-Esprit, mais il le donne. Cependant, comme homme, il reçoit le Saint-Esprit. C’est ce dont parlent les Evangiles. Comme homme, Jésus a besoin du Saint-Esprit afin de faire ce qu’il doit faire : posséder toutes les vertus, connaître Dieu parfaitement, aimer Dieu avec une volonté humaine parfaite et droite (Jésus a deux volontés : la volonté divine et la volonté humaine). Jésus, comme homme, a « besoin » du don du Saint-Esprit qu’il se donne a lui-même comme Dieu. Comme Dieu et homme, il répand ensuite le Saint-Esprit sur l’Eglise et sur le monde. Il devient alors la source de toute grâce.

Le Saint-Esprit agit-il séparément du Christ ?

Il n’y a pas d’économie du Saint-Esprit séparée du Christ et de l’Eglise. Lorsque le Saint-Esprit est à l’œuvre en dehors des limites visibles de l’Eglise catholique, il agit toujours à travers le Christ, et amène les gens à une relation avec le Christ. Il n’y a pas de salut en dehors du Christ : le Christ est le seul sauveur. Tous ceux qui sont sauvés le sont en vertu du Christ et par lui. Pour saint Thomas, il est inconcevable de penser que le Saint-Esprit puisse agir séparément du Fils et du Père, parce qu’ils sont un seul Dieu. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont toujours à l’œuvre ensemble : ils ne peuvent jamais être séparés. Si nous pouvions affirmer que le Saint-Esprit est à l’œuvre ici-bas sans le Père et le Fils, alors nous détruirions la foi en la Trinité. Nous affirmerions que le Saint-Esprit est un dieu séparé. Le Père énonce son Verbe, le Fils, et le Père et le Fils soufflent le Saint-Esprit. Partout où le Saint-Esprit est à l’œuvre, il y est comme étant issu du Père et du Fils.

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