La résurrection de Jésus

La résurrection du Christ nous sauve-t-elle ? Que faut-il entendre par « résurrection » ? Que faut-il penser des apparitions de Jésus ressuscité ? Comment la résurrection de Jésus est-elle à l’œuvre dans nos vies ? Le père Jean-Pierre Torrell nous introduit à la pensée de saint Thomas sur la résurrection.

Ressuscité pour notre justification

L’entrée dans la vie éternelle

Les apparitions de Jésus ressuscité

Une foi qui a des yeux

La résurrection de Jésus dans notre vie

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J.-P. Torrell #14 : Pardon pour la qualité du son, nous avons eu un petit souci technique. La forme est altérée mais le fond reste intact !

Résumé

Ressuscité pour notre justification

Saint Thomas a placé en tête de sa propre réflexion le verset suivant : « Jésus a été livré pour nos fautes et il est ressuscité pour notre justification ».

La deuxième partie de ce verset – et il est ressuscité pour notre justification –  était négligée par les contemporains de saint Thomas. Pour eux, il semblait que toute l’œuvre du salut accomplie par le Christ s’arrêtait avec sa mort sur la croix. Saint Thomas, quant à lui, renouait avec l’exégèse patristique. Les Pères s’accordaient pour voir dans la mort et la résurrection du Christ, à titre égal, la cause unique de notre salut. Autrement dit, sans la résurrection, l’œuvre du Christ n’était pas terminée. Pour saint Thomas, c’est tout ce qu’a fait le Christ en sa chair, ce qu’il a vécu et subi, qui a opéré notre salut. Tout autant que la passion et la mort sur la croix, la résurrection et l’ascension du Seigneur sont parties intégrantes de la justification. Sans la résurrection, le salut apporté par le Christ ne serait pas réalisé. L’acte sauveur du Christ ne se résume pas à sa mort sur la croix : la résurrection et l’ascension sont aussi efficaces de salut.

L’entrée dans la vie éternelle

Que faut-il entendre par ce mot de « résurrection » ? On ne peut pas s’attendre à une définition en bonne et due forme. On ne définit pas un mystère : on y croit. On peut approcher le mystère de la résurrection par deux voies complémentaires : il faut préciser ce qu’il n’est pas et, par comparaison, tenter d’en savoir davantage sur ce qu’il est.

La résurrection est parfois entendue comme une « reparatio » dans la vie à partir de la mort, c’est-à-dire un simple retour de la mort à la vie, un retour aux conditions précédentes. Thomas préfère le mot « resurrectio » qui implique une promotion à un état plus élevé. Thomas distingue la résurrection du Christ de la « ressuscitation », qui est le retour provisoire de Lazare à la vie de cette terre. Le mot résurrection est réservé pour le Christ et pour la nôtre à la fin des temps.

Thomas s’emploie donc à distinguer deux manières dont on peut être arraché à la mort : pour une vie mortelle (comme Lazare) ou pour une vie immortelle (comme Jésus). La résurrection de Lazare est une résurrection imparfaite, ce n’est pas une vraie résurrection. Seul le Christ a eu une résurrection vraie, parfaite, car elle lui donne accès à la vie nouvelle qui ne finit pas. Cela met en lumière le caractère unique de la résurrection du Christ. C’est aussi notre destin à la fin des temps. Comme pour Jésus, ce n’est pas la mort qui disparaîtra de nos corps, mais aussi le fait même d’être mortel, la possibilité de mourir. Comme Jésus – la tête du corps dont nous sommes les membres – nous vivrons d’une vie éternelle.

On ne peut donc pas définir la résurrection, car la vraie résurrection donne accès à une vie absolument irréductible à celle que nous connaissons. Il s’agit d’un mystère surnaturel.

Les apparitions de Jésus ressuscité

S’il est vrai que Jésus n’est pas revenu à la vie humaine que nous connaissons, que faut-il penser des apparitions de Jésus ressuscité ? Puisque ses disciples purent le voir, l’entendre, le toucher, manger avec lui, comment cela a-t-il pu se faire ? Et pourquoi certains l’ont vu alors que d’autres ne l’ont pas vu ? Pilate et Caïphe auraient-ils vu Jésus le soir de Pâques quand le Christ est apparu au milieu des disciples ? Il y a en réalité deux questions principales qui se posent :

  • La première concerne le Christ lui-même : quel était le statut de son corps après la résurrection ? Et quel rôle a-t-il joué ?
  • La deuxième concerne les disciples : comment ont-ils pu voir Jésus dans son nouvel état ? (vidéo suivante)

Quelque chose a vraiment changé du côté du corps de Jésus. La preuve en est donnée par les premières apparitions : on ne le reconnaît pas, même Marie de Magdala qui le prend pour le jardinier, ou les disciples d’Emmaüs. Cette étrangeté était normale puisqu’il n’est pas revenu à notre existence ordinaire. Quelle était donc la qualité de son corps ? La réponse de saint Thomas combine deux éléments d’origine différente :

  • D’une part, le Christ a un corps glorieux. Puisque l’âme de Jésus ressuscité voit Dieu dans sa gloire, la gloire qui est en elle rayonne sur tout son corps.
  • D’autre part, le Christ avait la capacité d’être visible ou non au gré de sa volonté. Si le Christ disparaissait aux yeux de ses disciples, ce n’est pas qu’il se serait dissous, mais parce qu’il cessait volontairement d’être visible pour eux.

Dieu est invisible par nature, il ne peut pas être vu comme un objet sensible quelconque. S’il est vu de l’homme, c’est qu’il a bien voulu se montrer. Jésus garde l’initiative de se faire voir ou pas. L’apparition est une action du sujet qui apparaît, non pas une action du voyant. Le Christ ressuscité garde l’initiative de se montrer à qui il veut, quand il veut, et où il veut.

Une foi qui a des yeux

Il s’agit là de la question des apparitions non plus du côté de Jésus, mais du côté des disciples. Quand il s’interroge sur la manière dont les apôtres ont pu voir Jésus ressuscité, saint Thomas emploie une expression rare chez lui : oculata fides.

Cette expression en latin classique signifie habituellement « voir de ses propres yeux ». Si l’on garde ce sens, il faudrait donc traduire ainsi ce passage de saint Thomas : « Les apôtres ont constaté de leurs propres yeux que le Christ était vivant ». C’est la traduction de l’apologétique traditionnelle et la conclusion était évidente aux yeux de ceux qui la faisaient : on peut faire confiance aux apôtres quand ils annoncent la résurrection du Christ, parce qu’ils ont bien vu de leurs propres yeux celui dont ils parlent. Ce raisonnement simpliste est excessif, car il est trop court. On oublie que le corps du Christ était devenu un corps glorieux alors que les apôtres avaient conservé leurs yeux de chair, des yeux qui avaient besoin d’une aide spéciale pour être à la hauteur de ce qu’ils voyaient.

L’expression oculata fides signifie plutôt que la foi a été associée à la perception visuelle des apôtres. Il faudrait donc la traduire par « les yeux de la foi ». Cette traduction se comprend dans un double contexte :

  • Tout d’abord un contexte éloigné, celui de la théologie du miracle. Saint Thomas dit qu’il y a des miracles qu’on peut voir (une guérison par exemple), mais qu’il y en a trois qu’on ne peut pas voir : la conception virginale, la transsubstantiation eucharistique et la résurrection.
  • Ensuite, il y a un contexte plus proche, celui du traité de la résurrection dans la Somme. Thomas répète que la résurrection du Christ est un mystère inaccessible à la raison humaine et que les apparitions relèvent, comme la résurrection, du bon vouloir divin, autrement dit de la révélation. Les apparitions sont donc à comprendre comme faisant partie elles-mêmes de la révélation. Elles ne sont pas la preuve de la résurrection, elles en font partie.

Ces deux données conjuguées signifient que les apparitions aussi bien que la résurrection ne sont connaissables que par la foi. Oculata fides peut donc être paraphrasé ainsi : « par une foi qui a des yeux ». Jésus se montre tel qu’il est après la résurrection : corps glorieux. Il est là, à l’extérieur des apôtres, mais en même temps il est à l’intérieur et, par son Esprit Saint, il dévoile aux apôtres et aux saintes femmes le sens de ce qu’ils ou elles voient.

La résurrection de Jésus dans notre vie

Sans la résurrection de Jésus, l’œuvre de notre salut eût été incomplète et même inexistante. Notre salut éternel dépend de la résurrection de Jésus, comme tout le reste de ce qu’il a fait. La résurrection de Jésus est à l’œuvre dans notre vie à chaque instant de notre existence, comme elle est à l’œuvre dans l’humanité entière tout au long de l’histoire. Thomas répète avec insistance que Jésus nous a sauvé par tout ce qu’il a fait et subi dans notre chair. Tous et chacun des actes que le Christ a posés dans son humanité ont été et continuent d’être porteurs d’une efficacité salutaire. Les actes de Jésus vivant parmi nous ou ressuscité tiennent leur puissance de sa divinité. Si cela vaut à des degrés divers pour tout ce que le Christ a vécu, à plus forte raison cela vaut pour la résurrection. Spécialement pour la résurrection, car Dieu est la source de toute vie et c’est le propre de l’agir divin de rendre la vie aux morts.

Thomas invoque ici un principe théologique bien connu : « Ce qui est premier dans un genre donné est la cause de tout ce qui fait partie de ce genre ». Cet axiome est utilisé particulièrement dans les relations entre les membres du Corps mystique et leur tête, le Christ. Le Christ est premier dans l’ordre de la grâce, car il possède la grâce en plénitude ; c’est pourquoi nous recevons la grâce de lui, une grâce imprégnée de toutes ses qualités, une grâce christique. Il en va de même dans l’ordre de notre résurrection : ce qui est premier c’est la résurrection du Christ, il faut donc que la résurrection du Christ soit la cause de la nôtre.

Thomas parle de la résurrection au présent. C’est le Christ en acte de résurrection, le Christ ressuscitant, qui nous sauve. L’acte de la résurrection n’a eu lieu qu’une fois, ce n’est donc pas l’acte du Christ qui nous atteint directement. Mais cet acte était aussi un acte divin : de ce point de vue l’influence de l’acte posé par le Christ n’est pas soumis au temps. Dieu a le privilège, dans son éternité, d’atteindre comme présentes des choses passées ou futures. L’efficacité réalisatrice de salut de la résurrection atteindra son destinataire quand le moment sera venu, sans que l’acte physique du Christ ressuscitant l’atteigne directement lui-même. La résurrection de Jésus produira son effet actuel en chacun de ses bénéficiaires au moment choisi par Dieu.

Conformément à notre réalité humaine, qui est composée d’âme et de corps, Thomas nous invite à distinguer une double résurrection : la résurrection spirituelle qui atteint l’âme et lui rend immédiatement la vie de la grâce qu’elle avait perdue par le péché, et la résurrection corporelle qui s’exercera dans nos corps à la fin des temps. Ce qu’a fait et subi le Sauveur nous atteint spirituellement par la foi, corporellement par les sacrements. L’humanité du Christ est à la fois esprit et corps afin que nous puissions recevoir en nous, qui sommes esprit et corps, l’effet de la sanctification qui nous vient du Christ.

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