La métaphysique

La métaphysique est le champ de la philosophie qui s’intéresse à l’étant, à ce qui a l’être. Posséder quelques bases de métaphysique est indispensable pour bien comprendre la pensée de saint Thomas d’Aquin.

 

 

Pourquoi étudier la métaphysique ?

 

Saint Thomas d’Aquin hérite de la philosophie d’Aristote. La philosophie de l’étant culmine dans une recherche de la cause première de l’être qui est Dieu. Thomas d’Aquin est théologien avant d’être philosophe. La métaphysique montre qu’au fondement des étants, il y a l’être même subsistant. Le désir de sagesse qui est dans le coeur de l’homme ne peut être apaisé que par la connaissance de Dieu. La métaphysique est une voie royale pour élever l’intelligence vers Dieu et aller à la rencontre de la Révélation.

 

 

 

Comment saint Thomas d’Aquin aborde-t-il la question de l’être ?

 

Saint Thomas fait référence à une formule d’Avicenne : l’étant est ce qui tombe le premier dans l’intellect. Ce par quoi l’homme commence sa vie intellectuelle est l’étant. L’enfant est mis au contact de la réalité, des objets font irruption dans sa conscience. Il réagit : qu’est-ce que c’est ? La réponse qu’il reçoit l’aide à abstraire un concept. Il y a trois moments : la donation de quelque chose qui est en acte et qui meut la conscience de l’enfant (l’acte qui se donne à l’esprit) ; la conscience qui cherche à déterminer le contenu de l’objet (le contenu de la chose en acte qui se donne) ; la conscience qui a conscience qu’elle pense et que sa pensée est adéquate à ce qu’elle perçoit (l’acte d’intellection qui fait face aux choses).

 

 

 

Comment s’articulent l’acte et le contenu de l’étant ?

 

L’étant est une synthèse : il y a quelque chose qui est. Selon Avicenne, il y a comme un contenu formel auquel s’ajoute, comme de l’extérieur, une existence (acte). Thomas reste fixé sur le commencement : l’acte. Cet acte est de l’être, de l’énergie ontologique. Cette énergie ontologique peut être plus ou moins dense (cailloux, plantes, animaux, hommes). Il y a ainsi une échelle de richesse ontologique. L’étant a plus ou moins part à l’énergie de l’être : c’est la participation.

 

 

 

Qu’est-ce que la participation ?

 

La participation est un rapport : c’est le rapport d’un participant à un participé. Dieu ne participe pas, il est la plénitude subsistante d’énergie ontologique : l’Ipsum esse subsistens. Par rapport à Dieu, tout étant participe, selon un certain degré indiqué par son essence, à cette plénitude. Au-dessus de toutes choses, il y a l’être même subsistant et en dessous, il y a des étants qui participent à cette plénitude.

 

 

 

Il y a deux grands types de participation : la participation du sujet créé à Dieu, et la participation interne à ce sujet créé. Il y a trois niveaux de participation interne à l’étant : la participation constitutive de l’essence à l’être (substance), la participation ultérieure des accidents stables à cette essence (accidents stables), et l’épanchement de l’être dans le sujet par ses opérations (opérations propres). L’étant, quant à lui, participe lui-même à Dieu. La participation est le « secret » de la métaphysique de Thomas.

 

 

 

Face à l’étant, qu’est-ce que la vérité ?

 

Pour l’homme, il y a un type de participation spéciale qui dérive de sa nature spirituelle. C’est la participation à la richesse de l’être par la connaissance et par l’amour. La participation par la connaissance implique une forme d’assimilation du contenu de l’étant, et un acte grâce auquel l’intelligence réfère ce contenu à cet étant-ci. Il y a deux étapes dans la participation intellective : l’appréhension du contenu (abstraction), et la référence du contenu à la chose (jugement). La vérité est l’adéquation du jugement à la réalité ontologique de la chose. Le jugement s’exprime dans une proposition, dans laquelle un prédicat est rapporté à la chose. Si le jugement est fait correctement, la proposition en laquelle se termine ce jugement est vraie. Dans ce cas, le sujet humain participe à la réalité de l’objet qu’il pense.

 

 

 

Les propriétés de l’étant que sont les transcendantaux

 

Il y a dans l’étant à la fois l’essence, qui limite l’être à une perfection spécifique, et l’acte d’être. Tout étant a l’être. On peut étudier l’étant du point de vue de sa détermination spécifique (étude des catégories), ou du point de vue de son être (étude des transcendantaux). Les transcendantaux sont des propriétés qui dépassent les catégories et qui appartiennent à tout étant en raison de son être. C’est pourquoi cette étude est précieuse pour répondre à la question métaphysique fondamentale : qu’est-ce que l’étant ?

 

 

 

Saint Thomas construit une table de cinq transcendantaux. L’étant peut être considéré en lui-même ou en rapport à une instance capable de saisir l’étant (l’âme). Les transcendantaux directement enracinés dans l’étant sont la chose (res), l’un (unum), et le quelque chose (aliquid).

 

 

 

Il y a deux transcendantaux en rapport avec l’âme, qui se distinguent par les deux caractéristiques susceptibles de perfectionner l’âme : la vérité transcendantale (l’intelligibilité de l’étant), et la bonté de l’étant. La bonté est l’appétibilité de l’étant. On peut ajouter un sixième transcendantal : le beau. Le beau est convertible avec le bien, il a la même extension. Dans le sillage de la bonté, on peut donc énumérer le beau, qui est le resplendissement de la forme de la chose dans l’âme.

 

 

 

Pour aller plus loin…

 

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