La convenance de l’incarnation

Quel est le lien entre le traité de la Trinité et la question de la convenance de l’incarnation ? Pourquoi le Fils a été envoyé comme homme ? Dieu se serait-il incarné si l’homme n’avait pas péché ? Le frère John Emery nous introduit à la question de la convenance de l’incarnation chez saint Thomas d’Aquin.

 

 

Introduction à la question de la convenance de l’incarnation

 

Le sens de la première question de la Tertia Pars, sur la convenance de l’incarnation, s’enracine dans d’autres parties de la théologie, et principalement dans la Trinité. Le Fils est engendré et envoyé par le Père. Il est envoyé d’une manière différente de l’Esprit Saint lorsqu’il est envoyé visiblement. L’Esprit Saint est envoyé par exemple comme une colombe ou comme des langues de feu. L’Esprit Saint ne s’unit pas à cette colombe ou à ces langues de feu comme le Fils s’unit à son humanité. Le Fils est envoyé comme agent, comme sauveur. L’Esprit Saint est envoyé pour manifester le salut. Cet agir comme être humain implique une union très intime.

Quand saint Thomas se demande s’il est convenable que Dieu s’incarne, il dit que cela dépasse toute nécessité, mais que, comme Dieu est le souverain bien, et que le propre du bien est de se communiquer, la manière souveraine de se communiquer implique cette union maximale. Le fait de se faire homme et de réaliser notre salut comme homme implique cet amour, cette bonté maximale de Dieu.

Saint Thomas va ensuite se poser la question de savoir si Dieu se serait incarné sans le péché. Dans cette question, il est important de comprendre que saint Thomas ne dit pas que Dieu ne se serait pas incarné si l’homme n’avait pas péché. Il dit que ce que nous savons au sujet des mystères qui nous dépassent, nous le savons par révélation. La révélation nous dit que Dieu se fait homme pour nous sauver du péché. Saint Thomas explique que si nous n’avions pas péché, Dieu pourrait avoir fait autre chose ou il aurait pu s’incarner aussi. Nous ne le savons pas. Cela renforce la gratuité de cette incarnation.

Enfin, il y a une affinité particulière entre le Fils et notre humanité, et nous. L’union intime qui est réalisée dans l’incarnation nous pousse, nous incite à atteindre cette union.

 

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Le sens profond de la convenance de l’incarnation pour saint Thomas

 

La première question de la Tertia Pars aborde la convenance et la nécessité de l’incarnation. Pour comprendre cette question, il faut revenir à la fin du traité de la Trinité, dans la Prima Pars. Là, saint Thomas traite des missions du Fils et de l’Esprit Saint. Le Fils est envoyé de manière invisible, comme l’Esprit Saint, et il est aussi envoyé de manière visible. L’Esprit Saint aussi est envoyé de manière visible. Mais saint Thomas enseigne que le Fils est envoyé de manière visible différemment de l’Esprit Saint, parce que le Fils est envoyé comme auteur, comme acteur, comme celui qui vient réaliser le salut. L’Esprit Saint est envoyé pour manifester la présence de ce don du salut.

Comme le Fils est envoyé pour réaliser le salut de manière visible, il est envoyé dans une nature capable d’agir. Celui qui agit, c’est le Fils de Dieu envoyé, le Fils du Dieu éternel. Mais pour pouvoir agir de manière visible, d’une manière qui soit réelle et conforme à notre salut, il prend une nature humaine comme la nôtre, et il agit comme Dieu et comme homme. Cet enseignement final du traité de la Trinité est donc la base de la Tertia Pars à propos de la convenance de l’incarnation. Dieu veut l’incarnation pour nous sauver. Dieu veut se communiquer de la manière la plus pleine. La manière la plus pleine est l’union la plus intime : l’union entre Dieu et la nature humaine.

Nous avons besoin d’un sauveur plus parfait, plus puissant, nous avons besoin d’une manière de réaliser notre salut qui soit plus grande, plus sage, plus parfaite, parce que le salut auquel nous sommes appelés est si grand et si parfait. Il consiste dans une union très intime entre Dieu et nous. Une union dans l’âme qui, au ciel, consistera en ce que Dieu soit notre idée, si l’on peut dire, notre verbe, notre concept, en le connaissant. Cela va réaliser une union inouïe, difficile à croire même pour nous. Notre destin, ce à quoi nous sommes appelés, c’est ceci : parvenir à une union si intime avec Dieu.

Nous trouvons donc là les raisons de la convenance de l’incarnation de Dieu. Dieu aurait pu réaliser cela d’une autre manière. Dieu se serait-il incarné si nous n’avions pas péché ? Nous ne pouvons pas le dire. Ce que nous pouvons dire, en revanche, c’est que la Sainte Ecriture enseigne qu’il s’est incarné parce que nous avions péché et qu’il voulait nous sauver du péché.

La convenance de l’incarnation, dit saint Thomas, a beaucoup d’implications. Lorsqu’il développe ces implications, il en précise simplement dix : cinq positives et cinq négatives, les plus importantes, en étant pleinement conscient que cela n’est pas exhaustif.

L’être humain peut être sauvé, il peut être amené à la béatitude, bien qu’il soit tombé dans le péché. Ce n’est pas la situation d’autres êtres visibles qui ne peuvent pas atteindre la béatitude, la vie de Dieu, ni celle des anges qui, à cause de leur perfection, restent fixés dans leur premier acte d’amour ou de rejet à l’égard de Dieu. Mais dans l’être humain, il y a en plus une affinité particulière avec le Fils qui est envoyé, parce que l’être humain est capable de connaître et d’aimer Dieu. Lorsque le Fils de Dieu prend une nature humaine, il s’unit une nature capable d’une union intime avec Dieu. Il y a alors une espèce de synthèse de tout l’univers. Dieu se trouve présent de toutes les manières dont il peut être présent dans l’ordre créé. Il est présent dans toutes les créatures visibles et invisibles en leur donnant l’être ; il est présent dans les créatures spirituelles qui connaissent et aiment Dieu par le don surnaturel de la béatitude ou de la grâce ; et il est présent de cette manière unique, sommet de la présence de Dieu dans l’ordre créé, qui est l’union, l’union dans la personne, l’union hypostatique qui est réalisée en Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme.

 

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