L’âme humaine : son union au corps et ses facultés

Qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que l’âme humaine ? Quel est le rapport de l’âme au corps et quelles sont ses facultés ? François-Xavier Putallaz nous fait découvrir l’anthropologie de saint Thomas d’Aquin.

 

 

Qu’est-ce que l’homme ?

 

L’homme n’est pas une bête, il n’est pas un animal sans raison. Il n’est pas un ange non plus. L’homme est un tout composé d’âme et de corps. Il n’est pas une âme enfermée dans un corps. Son corps n’est pas une prison. L’homme est une personne, une substance qui existe dans une nature caractérisée par deux capacités : connaître et aimer. La personne est une substance individuelle de nature rationnelle. C’est une substance humaine, dont les capacités ne s’exercent qu’avec et par le corps humain. L’homme est un animal doté de raison.

 

 

 

 

L’ÂME HUMAINE

 

 

Qu’est-ce que l’âme humaine ?

 

L’âme humaine est l’acte du corps, le principe de vie du corps. L’âme est la corporéité du corps, ce qui fait que le corps est corps, et ce qui fait que le corps est vivant. Chez l’homme, ce principe de vie émerge du corps, il n’épuise pas toute son activité à animer le corps. L’âme humaine est faite aussi pour poser des actes spirituels.

 

 

 

L’âme est-elle immortelle ?

 

La question de l’immortalité de l’âme est une question philosophique, ce n’est pas une question de foi. Ce que nous croyons de foi théologale, c’est la résurrection de la chair. L’âme humaine ne s’épuise pas uniquement à la fonction majeure d’animation du corps : elle pose des actes proprement intellectuels. L’homme pense l’essence des choses, il pense immatériellement des choses matérielles : c’est l’abstraction. L’acte de l’intelligence est dégagé de toute matière, donc l’intellect humain est hors de la matière. Si elle pose des actes qui ne sont pas corporels, l’âme est incorporelle. La mort n’entraîne donc pas la disparition de l’âme.

 

 

 

 

L’ÂME ET LE CORPS

 

 

L’union de l’âme et du corps

 

La question de l’union de l’âme et du corps ne se pose pas, puisqu’il n’y a pas de corps vivant sans âme. Ce qui se pose, c’est la question de l’immortalité de l’âme. Thomas écrit que l’âme structure la matière et lui donne de devenir un corps, un corps organisé. L’âme, c’est l’acte premier d’un corps organisé qui a la vie en puissance. Il n’y a pas de corps sans âme. La vie-même du corps, c’est l’âme. Toute activité de notre corps est imprégnée par la présence de cette âme qui fait un avec lui.

 

 

 

L’âme séparée du corps par la mort

 

Thomas d’Aquin en dit peu de choses. En tant que philosophe, il dit deux choses importantes :

  • Une âme séparée n’est pas un tout complet : ce n’est pas une substance. L’âme du défunt n’est pas une personne. C’est une âme séparée aspirant à la totalité de la personne.
  • Toutes les facultés sensorielles disparaissent à la mort, car elles ont pour sujet le composé humain. Il ne reste que deux facultés après la mort, celles qui ont pour sujet non pas le composé humain, mais l’âme humaine : l’intelligence et la volonté.

 

 

 

Pourquoi ce corps ?

 

L’âme humaine a des activités qui transcendent le corps. Il faut donc nécessairement que le corps soit disposé, de nature suffisamment élaborée, pour faire un avec cette âme. Pour que l’être humain puisse poser des actes d’intelligence, il faut que le corps soit complexe. L’homme a besoin de ses sens. Tout ce qui vient par les sens prédispose à une bonne intelligence. Le corps humain est magnifiquement adapté à l’unité avec l’âme humaine, mais sa rançon est de pouvoir se dérégler et de mourir. Dans ce sens, la mort est naturelle. Ce n’est pas par nature qu’Adam et Eve ne mourraient pas, mais par un don gratuit de la grâce de Dieu. Le péché n’a pas introduit la mort naturelle, mais a détourné l’homme de cette grâce qui l’élevait à l’immortalité.

 

 

 

 

LES FACULTÉS DE L’ÂME EN GÉNÉRAL

 

 

Comment tenir ensemble l’âme et ses facultés ?

 

Saint Augustin loge les facultés dans l’essence de l’âme : l’âme, c’est ses facultés. Une autre tradition dit que les facultés sont des accidents de l’âme. Thomas d’Aquin tient une position intermédiaire. Les facultés sont des réalités propres à l’âme. Comme énergies internes, elles émanent de l’âme, elles découlent de l’âme.

 

 

 

Quelles sont les facultés de l’âme ?

 

Thomas d’Aquin découvre 18 facultés de l’âme, qu’il groupe en 5 genres (qui ne correspondent pas aux trois degrés d’âme).

  • Dans le genre végétatif, il y a 3 facultés : la faculté nutritive, la faculté de croissance et la faculté d’engendrement.
  • Dans le genre locomoteur, il y a une seule faculté : la faculté locomotrice.
  • Dans le genre cognitif sensitif, il y a 9 facultés : les 5 sens externes (le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe et la vue), et les 4 sens internes (le sens commun, l’imagination, la mémoire et la cogitative).
  • Dans le genre appétitif, il y a 2 facultés appétitives sensorielles : l’irascible (la combattive) et le concupiscible (la désirative), et une faculté spirituelle : la volonté.
  • Dans le genre cognitif intellectif, il y a 2 facultés : l’intellect agent et l’intellect possible.

 

 

 

 

 

L’INTELLIGENCE ET LA VOLONTÉ

 

 

L’intelligence humaine : que connaît-elle ?

 

Ce n’est pas l’intelligence qui connaît, mais c’est la personne qui connaît. Lorsqu’il pense, l’être humain porte son attention intellectuelle sur une réalité. L’intelligence saisit ce qu’est la réalité matérielle. L’objet propre de l’intelligence, c’est l’essence de la réalité matérielle : ce qu’elle est et qui ne se voit pas. L’intelligence va jusqu’à l’essence. Elle dégage la réalité de la matérialité : c’est l’abstraction. L’intelligence est fécondée par la réalité et produit un fruit : un concept ou une idée. Ce concept s’exprime à l’extérieur par un mot. L’intelligence est faite pour connaître les choses (« res » en latin) : c’est pourquoi la philosophie de Thomas d’Aquin est réaliste et non pas idéaliste. Ce qui est connu, ce ne sont pas les idées, mais ce sont les choses, les réalités.

 

 

 

La volonté et le libre arbitre

 

La volonté est une faculté qui a pour fonction de vouloir. Par l’intelligence, je m’approprie les choses extérieures ; par la volonté, je vais vers les choses extérieures. La chose extérieure voulue est le bien. Alors que le vrai et le faux sont dans l’intelligence, le bien et le mal sont dans les choses. La volonté est le lieu du libre arbitre. Le libre arbitre est le mode d’exercice humain de la volonté, qui consiste à faire des choix. Le premier élan de la volonté n’est pas libre : ce que nous désirons tous, c’est d’être heureux. Seul un bien absolu pourrait répondre à l’élan premier. Aucune chose ne comble pleinement le désir d’absolu : je peux donc toujours renoncer à une chose pour en choisir une autre. Le libre arbitre, c’est la capacité de choisir une chose et de renoncer à une autre. Ce n’est pas la liberté. La liberté est le mouvement de la volonté qui va vers le bien. Le libre arbitre, c’est le mode humain de la volonté, comme la raison est le mode humain de l’intelligence.

 

 

 

Pour aller plus loin…

 

A lire : L’âme humaine expliquée aux simples, du père Emonet.

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